LA MORT DE MALON Extrait de la France : BENOIT MALON Certes il n'est pas trop tard pour parler encore de lui. A mesure qu'elle s'enfoncera dans le passé, la figure de Benoit Malon grandira et inspirera aux socialistes français plus de reconnaissance et de vénération. Elle est attractive par elle-même, en dehors même de l'œuvre 1 qu'il a accomplie, la physionomie douce et pensive de cet apôtre du socialisme, sorti des rangs du peuple, pour lui montrer la route qu'il devait suivre et pour jeter aux indifférents et aux ennemis l'avertissement suprême. Le petit pâtre du Forez, le teinturier de Puteaux, l'adhérent à l'Internationale, le membre de la Commune, l'exilé de France, le fondateur de la Revue Socialiste a, dans toutes les phases de sa vie, marché, avec une conscience chaque jour plus nette, une sérénité chaque jour plus grande, vers le même but idéal. Cet intellectuel était un sentimental. La bonté était son trait distinctif. Elle fit son originalité et sa force. Il aYait senti d'instinct, avant :ie l'avoir Yérifié par un labeur formidable et établi par de lumineuses et éloquentes démonstrations. qu'une doctrine, qui tend à rénover la face du monde, veut l'homme tout entier. Le socialisme n'entend pas seulement changer l'état économique, il prétend transformer en même temps et par une conséquence naturelle inévitable, la situation morale de l'humanité. Sans doute, il n'est point de socialiste qui pense le contraire. Les écoles mêmes qui veulent que les préoccupations matérielles- le cri du ventre - jouent un ràle prépondérant, d'aucunes diraient: exclusif, dans le développement de l'évolution humaine, ne contestent point que la nature morale de l'individu se modifie au fur et à mesure des transformations économiques. . Mais leur tort, leur faiblesse a été de ne pas faire au sentiment sa part, pour la préparation d'un avenir meilleur. Benoit Malon a comblé cette lacune. Pour conquérir au socialisme des ·adhérents nouveaux, il n'a pas jugé qu'il fùt suffisant d'éveiller les appétits. il a parlé au cœur, aux sentiments ~ociables, altruistes, à ce qu'il y a dans chacun de nous de plus généreux et de plus élevé. Il a ainsi amené à notre cause bien des esprits que son aspect économique laissait froids ou hésitants. Il lui a rendu un plus grand service encore. En solidarisant l'amélioration du sort des misérables avec la conception altruiste du monde, il a fait du socialisme une grande école • individuelle de sacrifice et de générosité morale. Il a revêtu ses doctrines trop sèches et trop arides de la séduction qui leur manquait,
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