LA MORT DE BENOIT MALON 437 Séverine l'a bien jugé e\1 disant qu'il avait été l'Homme, :iu sens antique Ju mot, c'est-à-dire « énergique et bon. » Bon, ah ! il l'était de tout son être. li était doux et indulgent à tous, son cœur s'ouvrait à toutes les tendresses, à toutes les pitiés. Personne ne s'adressait en vain à lui et, si pauvre qu'il frit, il trouvait encore moyen d'en soulager de plus pauvres. Aux oiseaux prisonniers, il entr'ouvrait la cage. Il rèvait d'une humanité qui s'étendit à tout ce qui existe. Il était le croy:rnt sincère d'une terre meilleure ; il était le fidèle serv:int llUne Religion d'amour et de paix; c'est pourquoi il ét:iit l'adversaire déclaré des fanatismes et des s,1perstitions. Son cœur et son esprit le reportaient :iux gr:indes et belles traditions de la sagesse antique dont il élargissait cependant les nobles principes, de toute sa tolérance et de toute sa compréhension supérieure de la bonté. Vr:ii poète, dont le cerveau s'ouvrait à toutes les grandeurs de la mère Nature, à toutes les conceptions du génie humain - j,1mais 11 ses yeux profonds de penseur, ne ce~sa d'app:iraitre la caressante lueur des étoiles :.1111ies. qu'il avait contemplées étant un jeune pâtre. S:1vie, elle a été sans reproches, elle demeurera un exemple de ce que peuvent faire une énergique volonté, un noble idéal, d'un homme si infime qu'il soit à son début dans l'existence ... Oui, celui que nous pleurons fut un Homme, un de ceux qui apparaissent :i certaines époques, qui émergent hors de la médiocrité des foules et dont le front, illuminé de tous les espoirs, rayonne d'une lumière sacrée, flambeau guidant l'Humanité dans sa marche vers le Mieux. Robert BERNlt:R. Extrait du Pc11p!c de Lyon : VALLÈS ET MALON Jules Vallès naquit au Puy; Malon vit !t.: jour dans les environs de Montbrison. Ce furent presque deux compatriotes, mais ce ne furent pas deux montagnards, ainsi qu'on l'a voulu dire. Malon n'est pas le fils de la montagne, mais bien de la haute plaine du Forez, et je ne sais si c'est là qu'il faut rechercher, ainsi que le voudront peut-êti-e certains ethnologues, la différence -de caractère de ces deux socialistes. Vallès est le torrent qui se précipite, débordant, envahissant, irrésistible, des sommets oü s'accumulent les tempêtes. Malon est le lac serein et paisible près duquel on va chercher le repos et dont les ondes pures donnent à tous santé et jouvence. D'un côté, la Loire écumante, tombant des hauteurs des Cévennes; de l'autre les tranquilles étangs du Forez - ainsi peut être établi le parallèle de ces deux hommes que rapprochèrent, cependant, de communes idées, de communes tendances et qui visèrent - quoique dissemblables - au mème but. Mais ce n'est pas seulement par l'origine qu'ils différèrent. Vallès, fils de professeur, fut élevé à l'ombre de l'Université, sous l'égide de cette « Alma Mater>>, pour laquelle, depuis, il eut tant de dédain et tant de haine. li fut bourré, saturé de grec et de latin, et il faut l'entendre dans le « Bachelier», pester contre cette indigestion d'auteurs anciens. Comme il . I
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