La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA J\!ORT DE BENOIT MALON 4)5 *** Une des bonnes qualités de Benoit Malon était la tolérance; jugeant avec -sa hauteur de vue, il voyait loin et comprenait à merveille que l'esprit se formant et se déformant à la chaleur des idées, il importe surtout de le pariravec patience et douceur, au lieu de vouloir le changer d'aspeet tout d'un coup, au risque de le briser net. Apres la publication de mon quatrième volume de mon Histoir.: !iJi.•cdotique de la Réi•olutionfrançaisc, dont Jules Simon a écrit une magistrale préface, je lui demandai d'écrire la préface dn cinquième volume, contenant le récit de l'année Iï93 et dont je corrige précisément les épreuves. li me n:rondit de Cannes, où il se trouvait alors, une longue lettre d'où fextrais les lignes suivantes : « Vous me demandez si je veux tenir la promesse que je vous fis l'hiver pâssé, au sortir d'une de nos réunions amicales? Je crois bien que je le veux. Il sera original, à coup s(1r, de voir succéder en tète de votre ouvrage, comme préfacier, un ancien membre de la Comm_unede 1871 à un membre du gouvernement qui le fit condamner à l:t déportation, de voir succéder Benoit Malon à Jules Simon. Nous avons été tous deux de l'Internationale; mais depuis, nou:; n'avons pas suivi· la même route; il a été président du conseil, sénateur, et j'ai vogué, souffert, sur les chemins de l'exil. N'importe; je ne lui en veux pas, pas plus 11lui qu'aux autres. Je ue dirai pas le bien que je pense de votre Histoir" de la Révolution avec le même talent, mais je le dirai avec autant de sincérité et avec un grand amour de la plèbe, dont vous vantez si justement l'héroïsme. La Révolution n·a pas été faite pour la bourgeoisie, elle a dé faite par le prolétaire et pour le prolétaire; pendant cent ans la bourgeoisie l'a confisquée, essayant de fermer la soupape; vains efforts! Le jour du peuple, du vrai peuple, est arrivé. Voilà ce que je dirai dans votre préface ... » Je ne sais si Benoît Malon, qu'on nous ramena mourant de· Cannes, a pu tenir s:i promesse; son fidèle et loyal ami Simon verra dans ses papiers s'il trouve les feuillets attendus; quoi qu'il en soit, c'est par une pensJe de gratitude pour ce grand mort que je veux terminer. En suivant son cercueil, ceux qui ont pu se mesurer à sa taille ont dù voir combien il les dépassait en élévation et en liauteur. Il avait la conviction et la foi et il vous les communiquait en dépit âe tout. Par ses œuvres il a plus fait pour le socialisme que cent ambitieux de notre connaissance qui profitent de ses études et de ses labeurs. Du Peuple de Lyon : JEAN-BERNARD. ..... C'est porté par des amis, qui ne veulent laisser à personne ce soin, que le cercueil pénètre au four crématoire, et pendant que le feu incandescent réduit en cendre ce qui reste encore du penseur socialiste la série des discours commence. Qu'ont-ils été? Je ne sais trop, les journaux vous ont renseignés à ce sujet et j'étais trop profondément émue pour les avoir entendus; mais tous ont remarqué qu'une fois encore l'union socialiste s'était affirmée sur la tombe d'un des premiers militants du Parti socialiste, d'un des meilleurs parmi les bons.

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