434 LA REVUE SOCIALISTE choisir pour second parrain; son premier était Léon Clade!, que j'avais luimême présenté avec Alphonse Daudet, deux ou trois ans aupa1·avant. :-~ *'''* Tout à l'heure je vous ai parlé de b modestie de Benoit Malon ; il la poussait à l'excès. En 1885, des ouvriers du Midi, se souvenant qu'il avait été député en 18 7 8, lui proposèrent la candidature qu'il refusa sans pose et sans fracas. Le ..:omité pensant que je pourrais peut-être le décider, m'écrivit pour insister. Je l'invitai à déjcùncr, comme il le faisait parfois sans façon, dans mon appartement de garçon du 25 de la rue Lepic, la maison encore habitée par Philibert Audebrand. Au dessert, je poussai ma pointe, mais il m'am2ta à demi-mot. - Non, non, ne me gâtez pas le plaisir de digérer votre cotelette. j'ai été député en 1871 ; je crois avoir fait mon devoir; j'ai donné ma démission en mème temps que mon ami Rochefort, etje me suis juré que de ma vie je ne remettrais les pieds dans un Parlement. C'est la foire aux sottises et le laminoir des bonnes volontés. Prenez un homme d'action et d'intelligence plus qu'ordinairc, placez-le à la Chambre, dans ce milieu de papotages inutiles, d'intrigues personnelles, où chacun est jaloux de son voisin, et vous en ferez fatalement un tléputé inutile, dont toute l'intelligence ne servira qu'à grossir les intrigues et dont l'énergie sera employée à remplacer un ministère qui ne vaut pas grand'chose par UP autre qui ne vaudra rien du tout. Tenez, avant vos amis du Midi, Clemenceau m'a offert de me mettre sur la liste du département de la Seine; il a beaucoup insisté; le succès est certain. j'ai refusé, et je lui ai indiqué Camélinat, qui a accepté, je pense. li n'y avait pas 11 continuer un siège qui ne devait pas aboutir. Nous parlâmes d'autre chose, des hommes et des œuvrcs, de ce socialisme qu'il rêvait triomphant, généreux, de cc collectivisme où il voyait l'avenir du prolétariat et le bonheur du genre humain. Il en parlait avec une foi d'apotre et avec une douccu r d'évangéliste. - Cc que je voudrais, voyez-vous, me disait-il, c'est l'avancement progressif de l"Humanité 1l. la tète de laquelle la France doit marcher, l'avancement continu vers un état toujours meilleur, OLI la bonté des hommes aura pour par:1llèlc la justice des institutions. - La moralité des masses sera augmentée par un large rayonnement du bien-être physique et par l'amour. Oui, oui, continuait-il, l'amour, sans lequel il n'est rien de possible dans ce monde. L'amour qui purifie tout, qui avive, exalte tout, qui est le levier de toutes nos actions les plus mJritoircs et les plus héroïques. Feuilletez i'histoire et vous y verr~z que tous les grands hommes, ceux qui ont laissé une invention ou une œuvre, ont été des amoureux. Cherchez la femme, disent les juges d'instruction quand il s'agit d'un crime; cherchez la femme, doit-on rJpéter quand il s'agit d'une action noble ou généreuse. Qyand Robespierre disait - sans le pratiquer : - L'avenir est aux chastes, il énonçait une grosse bètise. L'avenir est aux amoureux ; ceux-là seuls sont capables de dévouement, de pa,ssion et de sacrifices. Il n·y a 1 ien de beau, de bien et de grand sans ]'amour.
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