La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

432 LA REVUE SOCIALISTE qui a commencé 11connaitre, qu'il n'y a bientot plus de repos. L'homme est entrainé par sa conquète qL;i l'excite, l'aiguillonne, le soutient, lui apporte chaque jour·avec de nouveaux espoirs de nouvelles forces,et bientot l'heure arrive des œuvres fécondes, des heureuses moissons. Né dans les rangs de ceux qui peinent sous des lois économiques qu'ils n'ont pas faiks et qu'ils doivent subir, Benoit Malon n'alla pas chercher bien loin le sujet des études qui devaient absorber et remplir toute sa vie. Le problème social le saisit et le retint tout entier. A ses moments il sut être homme d'action. Mais son cerveau philosophique le ramenait sans cesse à ses méditations, à ses travaux, à la t,lche qui était la sienne de donner au socialisme, je ne dis pas sa formule, mais une formule scientifique. C'est par là qu'il s'élève au rang des grands socialistes allemands, de Lassalle et de Karl Marx. Qi,_1cllest la valeur de son œuvrc, quelle est la destinée que !"avenir lui 1ùcrve, c'est cc qu'il est difficile <ledire. La science sociale en est 11sa période de tàtonncments, d'hypothèses et d'essais. Des écoles multiples et rivales cherchent ardemment la vérité dont l'enfantement s'annonce par des signes désormais visibles chez tous les peuples, et toutes ces écoles. qui proposent des $Olutions souvent contradictoires, affirment avec une égale énergie qu'elles possèdent h vérité. C'est leur honneur d'affirmer ainsi. On n'a rien à reprocher à qui se trompe, s'il a été sincère. L'éloge serait médiocre si je disais que Benoit Malon n'a dé que sincère. Il a accumulé de vastes connaissances, il a coordonné b<!~ucoup de choses éparses, il a accru de son exp-:riencc, de son observation, l'expérience et l'observation de ceux qui l'ont précùlé ou qui ont été ses contemporains, et il meurt avec la joie d'avoir filtré des eaux troubles <lu torrent naissant, tout au moins un bon verre. li avait pris la peine d'étudier, d'observer lès choses clont il parlait ou dont il écrivait. Sous ce point de vue, ce brave homme, avec sa belle tête socratique et son honn~te foulard autour cl u cou, étai l le moi 11sfin de siècle possi bic. Benoît Malon disparait au moment précis ot1le socialisme entre i1 la Chambre à l'état de groupe. li honora grandement le monde du travail, à qui il avait consacre sa vie, sa haute intelligence, son savoir. Edouard ÜUBRANC. De l' Evè11c111c11t: NOTES ET SOUVENIRS Par ces temps de réclame folle et de camaraderie à outrance où des médiocr.::sso:1t hissés aux premières placeset yparadent avec une assur:rnce qui en ïmpose aux sots, on ne trouve pas de mot vrai pour indiquer le sentiment d'amicale admiration que l'on ressent pour le philosophe qui vient de mourir, salué par tous les journaux, sans distinction de nuances, sans acception d'opinions, comme un sage. En ce qui me concerne, si on veut me pardonner d'émettre mon opinion ·sans feintise, je répèterais ce que je disais 11un des hommes les plus éminents de la Belgique, un avocat doublé d'un littérateur, et qui, venu, il y a un an, aux obsèques de Léon Clade!, me demandait de le présenter à Benoit Malon -qui suivait le convoi 11 111011 bras, en montant les pentes clu Pere-Lachaise.

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