La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA MORT DE BENOIT ll\ALO:-; 431 .:ommuniste absolu. Et ce fut l'époque de sa grande querelle ave.: Proudhon, dont les théories mutualistes l'indignaient et auquel il reprochait surtout, de n'être pas internationaliste et d'accepter la guerre comme une nécessité, uneloi de renouvellement de l'espèce. Fortjustement et avec une grande équité, dans la belle étude qu'il lui consacre, M. Spuller a mis en lumière l'idéalisme de Benoît M:1)011, jusqu'au moment où les documents amassés en grand nombre, et merveilleusement ..:lassés dans son esprit, lui permirent de fonder un dogme. Il était devenu l'un Jes plus ardents propagandistes de l'Internationale. Mais c'était" au Congrès de Londres, avant 1870, avant la Commune qui le compta parmi les. membres de son gouvernement et i1 laquelle il avait adhéré par révolte patrioti4ue, comme la plupart des Parisiens exaspérés contre M. Thiers. L'illt • .,-,i.1lio11:1!.- él1it à ses yeux et elle le fut vraiment, un puissant moyen de réaliser la fr:iternité humaine et, par elle, l'ég:ilité de fait : car il croyait avec Condorœt que c'était là le« dernier but de l'art social ». Mais l'internationalisme ne lui faisait pas abdiquer l'idée franç:iise. puisque d:ins une entrevue qu'il eut avec lui et que M. Spuller rapporte très nettement, Benoit Malon regretta plus tard d'avoir mis autant d'acharnement à combattre Gambetta. ,!<i:f* Ce fait est encore un exemple de sa droiture. Il d:iit nécessaire de le rappeler en ces temps-ci où 011 a failli confondre les internationalistes avec les « sans-patrie. » Benoît Malon, certes, avait l'àme fr:inçaise. Mais c'd:iit la plus généreuse et la plus largement accessible aux idées de pitié et d'humanité, et c'est pou1· cela qu'elle refusait d'admettre l'irréfutable et cruelle dialectique de Proudhon, démontrant la nécessité et l'utilité des guerres meurtrières. Et c'est pourquoi je songeais tout à l'heure, à ce qu'il y avait de frappant dans le contraste de ce dou;, philosophe qu'on acclamait précisément au pied de la statue de Moncey, dont l'épée nue montre l'ennemi et qui se dresse pour les batailles de l'avenir. C'était la doctrine pure qui l'avait entraîné et la foule, en lui, aimait le poète plutôt que le théoricien. Victor DE CoTTENS. Du Paris: Le socialisme est surpris, dans sa v-ictoire électorale par la mort de son plus éminent philosophe. Benoît Malon. La physionomie de l'homme qui vient de disp:iraître était p:ir ses origines. et par sa laborieuse carrière une des plus intéressantes et des plus respectées tout i1 l:i fois. Les débuts furent des plus humbles. Il avait été tour à tour homme de peine, ouvrier teinturier, directeur d'une épicerie coopérative à Pute:iux. li n'avait reçu d'autre lumière que celle de l'instruction élémentaire. On n'imagine p:is ce qu'il faut d't:ffort personnel, de labeur patient, et obstiné, de vraie <!t haute p:ission, d'énergie surhum:iine pour remonter, au milieu des nécessités quotidiennes de la vie, des ténèbres où la fortune vous laisse trop longtemps plongé. C'est de l'héroïsme, le mot n'est pas trop fort. On a tout à conquérir et on n':i d'autre arme que la volonté. Mais les joies du s:ivoir péniblement acquis ont sur les natures d'élite une telle puissance, l'attrait est tel pour

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