La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE dans la masse. Tous deux se firent écrivains et orateurs socialistes et semèrent leurs idées dans ce vaste champ qui ne demandait qu'à produire : la classe ouvrière. Des prolétaires révoltés par l'odieux spectacle des iniquités sociales et prêts à se laisser massacrer dans d'inutiles émeutes, ils firent des socialistes intelligents, con,cients de leur force et de leurs droits et marchant sans secou<;sesmais résolument vers une ère meilleure. Reconnai!>sant les déductions d'une logique inflexible que formula Karl Marx, ils tracèrent les grindes lignes de l'orcire social futur, en ét:.iblissant nettement le parallèle entre l'évolution économique et l'évolution philosophique. lis comprenaient que si la question so.:.iale est surtout une question du ventre, sa solution devait cependant marcher de pair avec une conception plus élevée des rapports emre les hommes et porter le niveau moral humain des hauteurs ignorées j usqu •:1 préscn t. C'est pourquoi ils ne s'adressèrent pas seulement aux ventres des affamés mais aux cœurs des as~oiffés d.::justice et de fraternité. Tous ckux virent, hélas! leur existence abrégée par un mal qui ne pardonne pas. Tous deux allèrent demander au beau solt!il du Midi, au ciel bleu de Cannes un peu d"acloucissement i1 le11rs souffrances. Tous deux s'accrochèrent désespérément it la vie. non pour en avoir les jouissances, mais pour pouvoir encore répandre ks trésors d.:: bonté et de scie_ncc dont leurs cœurs et leurs cerveaux débordaient. Autour de leurs corps inanimés. des milliers de travailleurs en pleurs se sont inclinés; au grand jour de leur émancipation, ils confondront César de Paepe et Benoît Malon dans le mŒme sentiment de gratitude et de reconnaissance. Franz MARTIAL. De M. Edouard Drumont : ~elle figure sympathique et bonne que celle de Benoît Malon! C'est l'homme du peuple tel qu'il est sorti de la vieille terr.:: française, tel aussi que l'ont fait les milieux actuels. Fils de pauvres journaliers, il resk à garder les vaches dans la plaine du Forez pour permettre à son jeune frère de passer son examen d'instituteur. Le petit berger conduit son troupeau sur les bords de cc Lignon, lP. poétique ruisseau qui berçait les méditations d'Honoré d'Urfé, alors qu'il écrivait l'Astrée - cc rŒve d'une société fraternelle, gouvernée par la justice, qui correspondit avec le grand apaisement succédant tout à coup aux guerres civiles, gràce à Henri IV et à Sully. Le pastoureau cependant ne se doute pas de ce que c'est que I'Astrù et de ce que sont les guerres civiles; continuellement en face de la nature, il n'a de penséeg, que pour le Créateur, il heurte sans cesse à la porte de son curé pour lui faire part des scrupules qui assaillent son cœur ingénu. Illettré jusqu'à l'âge de dix-huit ans, il va passer trois mois avec son frère, et ce temps lui suffit pour apprendre à lire et à écrire; il part pour Lyon, puis pour Paris. Ut il connaît toutes les affres de la misère, il vit OI,ze jours avec quatorze sous; puis à bout de forces, il se sent perdu dans l'immense capitale comme au milieu d'un désert, et il attend la nuit pour se jeter à l'eau, lorsqu'il

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