La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE Il se jette dans les grèves, puis se fait propagandiste de l'Internationale, ce qui lui vaut l'emprisonnement; ii devient fonctionnaire municipal de Pari~ pGndant le siège de 1870 et est élu, quelques mois plus tard, député de cetk ville. La Commune est victorieuse, le peuple règne dans la grande ville. Malon :ibandonne son mandat de député, est choisi comme membre de la Commune et nommé maire des Batignolles. Aux jours de combat, Malon retrouve son opiniâtreté énergique de terrien et au milieu des gens de son quartier, il lutte contre l'invasion des Versaillais, échappant par miracle à la répression et recevant abri pendant quelques semaines d:rns une hospitalière famille. Malgré cette existence tro11blée, il conquérait des connaissances étendues, publiait des livres et élaborait. s'inspirant des principes de César De Paepe, -dont il se proclamait le disciple, la doctrine humanitaire du socialisme intégral. Les théories purement économiques de Marx avaient été modifiées p:u De Paepe, qui les avait dépouillées de leur aridité et avait proclamé qu'il n'y avait pas seulement des appétits et des intérèts, mais des passions et des sentiments. Malon résume cette doctrine et établit que la réforme de la société doit se réaliser dans tous les ,lornaines. Non seulement la situation matérielle des prolétaires doit ètre améliorée et transformée, mais son état moral doit également subir une transformation. Il doit are relevé intellectuellement et physiquement. Tout doit contribuer à l'évolution sociale afin de la produire intégralement. Tous les arts et toutes les sciences évoluent vers le socialisme, forme no,1velle de la société humaine. fvlalon ne négligeait point, toutefois, les réformes pratiques, il préconisait l'association sous toutes ses formes et l'intervention de la classe ouvri~re clan~ la vie politique, il a forrnulé sa doctrine en une série d'études qui resteront comme un monument de science et de haute philosophie. L'influence de Malon s'est surtout exercée sur la fraction instruite du mouvement socialiste. Il a été l'éducateur de ceux qui jouent un rôle dans le socialisme militant et a surtout cherché à amener l'union, principalement en France, de tous les éléments ouvriers et socialistes. Benoît M:ilon restera cornme une pure physionomie, c\orninant ainsi que César De Paepe, les agitations passionnées du socialisme militant; il aura contribué /1 introduire, clans les théories ég:ilitaires, de la fraternité et de h bonté, rendant ainsi séduisantes les doctrines socialistes, un peu sèches au début du mouvement révolutionnaire actuel. Il souffrit cruellernent durant les dernières années de sa vie, ses souffr:rnccs n'altérèrent pas son carac(~re affable et accueillant. Ce fut pour lui une grande joie de se trouver à Bruxelles, lors du Congrès socialiste de 1891, il voyait la réalisation d'un de ses plus chers projets : l:i r.!union d'une v::iste :issemblée internationale, dans laquelle se trouvaient groupés toutes les fractions socialistes de France, les trades unionistes de la Grande-Bretagne, les démocrates socialistes d'Allemagne et de toute l'Europe, enfin des représentants des partis sociaiistes d'Amérique. Dans une réunion intime, oü planait le souvenir de César De Paepe, dont Malon avait recueilli le dernier soupir, et oü se trouvait Liebknecht, un de

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