LA REVUE SOCIALISTE leur droit c\e cité dans le vocabulaire socialiste, permettent de faire appel à l'enthousia_sme, au sentiment, à l'esprit de sacrifice. Le socialisme, ainsi, n'est plus seulement la mise en pratique d'une formule scientifique; il devient, sans cesser d'être scientifique, une concption d'ensemble c\e la vie sociale de demain et appelle à sa réalisation toutes les forces et tous les dévouements. Ces forces et ces dévouements sont venu~ en nombre autour de la R,·1.•11: Soci.1/isfr, que Malon fondait avec nous il y a neuf ans. L'élite de la jeunesse pensante a compris Malon et déji1 l'on sent la bienfaisante influence qu'il exerça sur bien des talents en fleur. Cc mouvement ne fera que grandir, préparant aux lourdes tâches de demain les plus ouverts et les plus vigoureux esprits dont ce ne sera pas trop de tout l'effort pour hàter l'heure prévue par Malon. Avant de reposer, il aura pu se comole1 d'avoir laissé son œuvre inachevée, en voyant sa pensée enfin comprise et adoptée. Il a eu la nouvelle du premier triomphe socialiste. Sùr des amis fidèles qu'il a su attirer et retenir aupr~s de lui, il sut que son enseignement ne serait ni perdu ni interrompu, que les études sociales continueraient à se diriger dans le sens qu'il avait indiqué. J'aime 11 penser,dans mon ch:igrin, que cette conviction a pu adoucir un peu les derniers moments de ce travailleur qui ne voulait se reposer que s:i t:ichc :iccomplie et que la mort, la stupide mort a enlevé à l'admiration des plus grands et /1 l'affection des meilleurs. Eugène FouRNIÈRE. * * * Il Secolo de Milan du 16 septembre, consacre un long article à Benoît Malon. Laissant de coté la partie purement biographique. connue de tous, voici les passages où s'exprime le mieux le sentiment de sympathie profonde que les Italiens intelligients et la masse travailleuse gardent à Malon : Les flammes des incendies, à l'issue de la Commune, étaient à peine éteintes. Tous les jours les journaux rapportaient les sanguinaires représailles. du camp de Satory. Dans les âmes restait un sentiment de douleur sympathique pour cette grande tragédie d'un peuple. Tous les soirs, à Milan, un hommeaux larges épaules et à la barbe chàtaine, allait s·asseoir, tout proche d'un groupe de jeunes gens qui, 11 un coin de table du café du théàtre Manzoni, formaient une sorte de libre cénacle artistico-politique. L'inconnu fut immédiat~:nent la curiosité du cénacle. Et cette curiosité rest:J.it insatisfaite toujours. Car, autant l'inconnu se montrait courtois et serviable en salutations et en manières, autant il se montrait discret en parole~, pour ne pas dire taciturne. Une fois pourtant on apprit, p,.r une réponse au hasard, qu'il travaillait comme ouvrier tous les jours, clans l'atelier d'un fabricant de muselières (bottega di canestraio), ce qui étonna d'autant plus que par l'intelligence dont ses moindres paroles témoignaient, il sembl:!it digne d'un poste bien supérieur à cet humble travail. Enfin, un c\e nous vint un soir à murmurer mystérieuse-
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