LA MORT DE BENOIT MALON lutionnisle ou matérialiste, comme on voudra le qualifier, et républicain, Karl Marx, dans le Ca,pital et dans le Manifeste d.:s co111111u11isfrs, s'occupe surtout de l'évolution économique. Pour lui, le développement des sociétés est surtout impulsé par les transformations des modes c!e production. Pas un év~nement politique ou social qui n'ait pour principale c:iuse une transformation de l'outillage ou la découverte d'un débouché à l'industrie. L'évolution de la société est commandée par l'évolution du matériel industriel. Cette con<:eption trop générale et, partant, trop simple, de l'histoire sociale, Malon entreprit de la modifier ou plutèt de l'agrandir. Il entreprit de prouver, et il y réussit, que l'évolution sociale est plus complexe. Sans méconnaitre qu'avant de philosopher et de politiquer Jes hommes en société ont dù produire pour s':issurer leur subsistance, il a magistralement établi, :ivec une .abond:ince de preuves dont sa sûre et profonde érudition était seule capable, qu'à mesure qu'ils se civilisent davantage, les peuples sont déterminés sinon plus, du moins autant, par les besoins de l'esprit que par ceux de l'estom:ic. Il a ainsi réintroduit dans le concept.socialiste ce que d'aucun appelleront la métaphysique. L'école de Marx, trop simplistement matérialiste, ne voyait que la nécessité. Malon a ajouté la notion de la justice. Pour M:irx et ses disciples, avec son machinisme industriel qui aboutit à la concentration des capitaux dans un petit nombre de mains oisives, le monde moderne aboutit fatalement au collectivisme. On fait donc preuve d'intelligence et de clairvoyance en étant socialiste. Corn me les intelligents et les cl:ii ïvoyan ts sont minorité parmi ceux qui bénéficient de l'ordre social actuel, point n'est besoin de tenter des conversions de ce côté; le résultat ne vaudrait p:is l'effort. C'est aux prolétaires qu'on s'adressera, on éveillera en eux l'instinct de classe, et selon b formule de Marx mise en tde de l'lnternation:ile « l'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mèmes. » Malon n'y contredit pas, je le répète. li ajouta à cette notion de la nécessité, qui a pour corollaire la lutte des cbsses, celle de b justice, qui a pour corollaire l'appel aux meilleurs d'entre les hommes du temps présent. Dira-t-on que c'est du mysticisme? Non, certes, car :\lalon se garde bien de concevoir et d'imposer un type idéal de justice. li est trop profondément imprégné de la science moderne pour ignorer que l'idée 1u droit est toute relative et qu'elle n'est pas b même dans le cerveau d'un Européen que dans celui d'un nègre de l'Afrique centrale. Cette conception de la justice et du droit réintroduite d:ins le socialisme a eu deux grands résultats. Tout d'abord, de ne pas rompre la tradition des idées et des faits. Le premier socialiste n'apparait plus avec la première machine à vapeur, ou du moins si celle-ci contraint les hommes de progrès aux moyens d'adapter la condition des hommes aux nouvelles conditions économiques, ces rêveurs d'avenir ne sont plus seulement le produit d'un phénomène purement mécanique; ils ont dans leurs ascendances intellectuelles la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, l'effort de tous les penseurs qui conçurent le monde moderne, les luttes Je ceux qui l':iccouchèrent. En un mot, ils se rattachent à la Révolution française, à laquelle la Révolution sociale ne s'oppose plus, mais qui en devient le complément indispensable. Autre résultat non moins important: le droit, la justice, la liberté, l'égaJité (toutes choses, je le répète, entendues dans leur sens relatif), en reprenant
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