LA MORT DE BENOIT MALON 421 L:i poésie circule dans toute son œuvre, non dans la recherche des mots et des rythmes, mais dans les idées et dans les images. Eh bien, les seuls vers qu"ait jamais écrit ce poète, à l'àge où nous :ivons tous aligné des rimes, sont une réplique virulente à la Crè-ve di!sForgero11s, cette mauvaise action de M. Fr:inçois Coppée. Prenons-le clans la premiere partie de s:i vie, alors qu'il est un militant de l'Internationale. Comme tous ses camarades d'alors, il a l'invective hardie contre les maitres du monde politique et social. Mais il a plus souvent qu'eux le cri de pitié en faveur des misérables qui explique et justifie son cri de colere ..:ontre les puissants. Dans tel discours de défense collective des internationalistes traînés à la barre, il est un émouvant p:issage devenu classique pour tous ceux qui sont au courant des études sociales. Ce passage où sont glorifiés ceux qu'on traite de pillards et de p:irtageux et où éclate le plus profond amour de la plèbe déshéritée·, ce passage est tout entier dù à Malon. 11 avait alors vingtsept ans et était presque illettré.« A cette époque, je ne savais rien, m'a-t-il dit souvent. n En lui, on peut le dire, l'effusion cordiale déborda, gagnant tous ceux qui rapprochaient. Un de ses vieux amis de 1871 qui fut de ses administrés pen- <lant la Commune, me parlait hier de la remise des clrapc:iux aux bataillons du XVII" arrondissement,et je retrouvais dans son récit l'émotion qui dut saisir ces milliers de soldats citoyens aux paroles que Malon leur adressa. -,11 eut, me dit ce t<::moin, de tels accents, il trouva des mots tellement émouvants, il conclut d'un tel geste de bénédiction (et c'est un libre-penseur) que les larmes coulèrent de tous les yeux. Ah! cet admirable discours de fraternité, je crois l'entendre ... Mais, hélas! pour le rendre, il faudrait l'àme chaleureuse, l'immense et continue bonté de celui qui n'est plus ... Oui, ce begue timide, aux gestes rares, savait entrainer les foules. S'il dédaigna vite ce moyen, c'est qu'il sentait pouvoir être plus utile en cultivant ses dons naturels qu·en travaillant à en acquérir d'autres, puis je l'ai dit, c'était un timide qu'un enfant eùt troublé, encore qu'un jour, certain sot ayant approuvé devant lui je ne sais quelle mauvaise ·action, je le vis s'indigner vertetement et contre le méfait et contre celui qui le colportait avec complaisance. Des preuves de sa bonté véritablement inépuisable, allez les demander à tous ceux qu'il a obligés, conseillés, consolés. Si tous ceux qui lui doivent quelque chose sont demain au funcbre rendez-vous, on pourra entendre ici ce mot naïf que j'ai entendu à Bruxelles aux obseques de César de Paepe: On dirait l'enterrement d'un roi. Je devais insister sur la bonté de Malon, que des esprits superficiels ont trop légèrement prise pour de la faiblesse, alors qu'elle était au contraire active et militante. Faible, parce qu'il ne pouvait supporter le récit d'une misere sans se dépouiller! Ah! mes amis, soyons faibles ainsi, et vous verrez quelle force nous aurons. Faible, l'homme que je vis en avril dernier, presque mourant dan~ sa petite maison de Cannes, supporter avec un stoïcisme surhumain les plus é,pou-
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