La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA MORT DE BENOIT MALON Shlœlcher. Razoua, Edmond Adam sont morts. Millière a été fusillé sur les marches du Panthéon. Peyrat est mort. Farcy, ayant versé dans le boulangisme, vient d'2tre répudié par ses électeurs. Benoit Malon, qui dirigeait la Rl'v11c Socialist..•, vient de mourir. C'est une figure bien intéressante qui disparaît. Né à Prétieux (Loire), le 23 juin 1841, Benoit Malon était le fils de pauvres journaliers. Dès l':ige de sept ans, il fut dans l'obligation de gagner s:i. vie et, jusqu'à l'àge de dix-neuf ans, il resta dans son village, d'abord gardeur de dindons, puis berger, puis bouvier, et enfin laboureur. ' N'ayant pas eu le temps d'aller à l'écc,le, il ne savait pas lire encore, et c'est vers sa vingtième année,. qu'à la suite d'une maladie il fut obligé d'aller se faire soigner chez son frère, instituteur dans un village voisin de Prétieux. C'est fa que, convalescent, il commença par bien apprendre à lire, puis tous les livres qui lui tombaient sous la main. Ayant lu dans une brochure qu'il épelait, cette idée : <, Il est de stricte justice que la Société soit responsable de l'existence de tous les individus qui la .composent. » - « Ah ! cela sera! » s'écria-t-il. Et quelques semaines apr<!s, le bàton de voyage à la main, il partit pour la capitale. Exténué par quinze jours de marche, et s:i.ns un sou en poche, il arriva à Paris en septembre 1803, et se plaça à Puteaux comme homme de peine, puis comme aide-tcin,turier. 11 passait ses nuits à lire. Les grèves de 1865 et 1800 lui donn~rent l'occasion de défendre les intérêts de ses compagnons. Affilié ensuite par Tolain à lïnternationale, dont Blanqui disait qu'il y avait « du bonap:i.rtisme dans l'affaire», il fut l'un des fondateurs de la deuxième section dans la Seine, et en 1808, fut condamné à trois mois de prison; à Sainte-Pélagie, il put compléter son instruction rudimentaire. Il organis:t ensuite, avec l'aide de Varlin, la fédération <les sociètés ouvrières, fut secrétaire de la section des trav:i.i·ll_eurs réunis à Puteaux, se rendit au congrès de Bàle en qualité de délégué, et y soutint les théories internationalistes. Au mois de février 1870, il fut l'un des promoteurs de la grève du Creusot, qui prit rapidement d'inquiétantes proportions: li était alors rédacteur à la Marsci/l.1isc; sa correspondance avec Varlin ayant été s:1isie, il passa en juin 18ïo dev:1nt la cour d'assises qui le; condamna à un an de prison. Il se rencontra, dans la prison d'Etat de Beauvais, avec Gromier, Léo Franckel, Germain Casse, Lissagaray, D~reure, Theiz,Duval, Chardon, Tringuet et quatorze autres. Remis en liberté après le 4 septembre, il se montra l'adversaire du gouvernement de la Défense nationale, fut élu le 3 1 octobre, adjoint au maire du 17• arrondissement, prit part à la tentative,d'insurrection du 22 janvier 1871 -contre !'Hotel de Ville, et fut élu, le 7 février suivant, représentant de la Seine à l'Assemblée nationale, le quinzième sur quarante-trois, p:tr 117,483 voix (328,970 votants, 517,858 inscrits). Il vota à Bordeaux co11tr.: les préliminaires de la paix, donna sa démission avec Rochefort, Ranc et quelques autres, et vint reprendre aux Batignolles ses fonctions municipales. Après le 18 mars, il se rallia au Comité central, approuva les élections du 26, et fut élu membre de la Commune de Paris, par le 17• arrondisse'ment, avec 4,199 voix (56,574 inscrits). Membre du Comité du travail et J'échange,

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