LA MORT DE BENOIT MALON gr:rndes transformations. Voilà pourquoi il a essayé de surprendre tout le long de l'histoire, le frémissement-de tous les esprits. et, dans l'obscure ford humaine, le frisson de toutes les feuilles sous les grands souftles incertains d'espérance et de justice. Une autre chose aussi restera de lui, impérissable et grande. C'est 1\:xemple de l'ouvrier manuel s'élevant à force d'énergie à la vie intellectuelle. Magnifique symbole du socialisme lui-même! Magnifique réponse ::iux hoinmes de 1i1auvaise foi ou de médiocre esprit qui dénoncent notre triomphe prochain comme un retour de barbarie! Non, nous voulons. au contraire, que par le bien-<!lre assuré, par le loisir élargi. par l'adoucissement des luttes bestiales où s'épuisait l'énergie humaine, l'humanité tout entière puisse s'élever à la vie de l'esprit. Nous, nous appelons barbare, cette société homicide, au vrai sens du mot, puisque dans l'homme, bien souvent, elle tue l'homme même. Malon aimait à répéter le mot célèbre du poète anglais sur le cimetière de village : « Qye de génies inconnus dorment là! » Hé bien! C'est la société présente qui est ce cimetière des esprits. lis y sont ensevelis vivants, en des tombeaux d'ignorance et de misère. et ils suffoquent, sans lumière ni air respir:1ble, en une aveugle et muette agonie. M:1lon s'était évadé d'un de ces tombeaux, plus tristes et plus sombres assurément que celui où il repose aujourd'hui après une vie de lumière. A ces tombeaux-là, du moins, le socialisme anachera leurs cantifs. Malon, en ses derniers jours. a dù éprouver en même temps qu'une grande joie de nos premières victoires, une sorte de stupéfaction douloureuse dev:1nt l'audace de certaines calomnies. Lui qui n'a jamais séparé d::ins sa vie et dans son œuvre la France et l'humanité, lui qui a repété bien souvent que l'org::inisation internationale des travailleurs était nécessaire à la libération de l'humanité et par suite à la glorification de la France, lui qui a traduit en notre langue certaines œuvres m:1itresses du socialisme étrang.::r, il a pu lire sur les derniers journaux que ses yeux ont parcouru, que l'internationalisme était 1:1 désertion de la patrie, que l'organisation du prolétariat libérateur était un attentat contre la France libératrice, et que reconnaître la vérité ou partielle ou totale d'une doctrine promulguée par un maitre étranger, c'aait p:1sser 11 l'ennemi. li parait, selon la logique de préten~us patriotes qui ne sont que des barb::ires astucieux. que l'hypothèse de l'évolution doit être rejdée par nous, parce que, ébauchée par un des nôtres, Lamark, elle a été achevée :1u dehors, par Darwin. Qhielle dJgrad:1tion de l'esprit humain! Et aussi quel outrage à l'esprit français et à l:1 France elle-même! Comme si elle était désormais incapable de renouveler selon son génie, d'approprier à son histoire, à son tempérament, à sa vie politique et sociale, les doctrines qu'elle emprunte parfois des autres nations pensantes! Benoît Malon peut reposer en p::iix dans cette terre de France! C'est lui, et nous avec lui, qui, en mettant une organisation universelle au service d'un idéal universel, en agrandiss:1nt l'esprit de la France de l'esprit humain, et l'action du prolétariat français de l'action du prolétariat humain, oui, c'est nous qui sommes vraiment fidèles, dans l'humanité nouvelle, à la vieille patrie aimée. je:111 JAURÈS.
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