LA REVUE SOCIALISTE DISCOURS DE LA CITOYENNE PAULE MINCK Citoyens et citoyennes, Je viens dire un suprême adieu, au nom des femmes socialistes et au mien, au penseur profond et doux, à l'ami inappréciable et cher qui dort là son dernier sommeil. Depuis trente ans que j'ai connu Malon, je l'ai toujours vu le défenseur des petits, des faibTes, des exploités: les enfants, les femmes, les prolétaires. li fut un des premiers à comprendre que la rénovation sociale ne pourrait être complete que si les femmes aussi étaient émancipées; il ne voulait pas que clans la République de l'avenir, la République des travailleurs, il y ait encore une catégorie d'êtres humains qui soit amoindrie et asservie. Malon voulut la justice pour tous et pour toutes. Avec sa douceur, sa bonté, sa grande bienveillance et son sentiment profond de !'Egalité, il releva la femme et, ainsi que tous les socialistes sinceres, il l'appela à partager les luttes de leurs frères les travailleurs pour conquérir les droits de tous et !'Egalité. Et ainsi sera constituée la République de demain où tous et toutes auront mêmes droits et mêmes devoirs, cette République qui ne sera pas !'Athénienne efféminée et lascive, mais la fière prolétarienne de 93, la Marianne forte et belle portant entre ses bras les destinées du monde, la liberté des peuples. Malon était un bon entre les bons, un doux au cœur tendre et timide; il était socialiste non-seulement par science, mais aussi par sentiment, par cette idée de justice qui le posséda depuis sa jeunesse; il voulait les foyers chauds et les nids duvetés; il était donc aimé de nous, les mères, qui rêvons toujours de bonheur pour nos tout petits et qui craignons l'orage et la misère pour leurs têtes frêles. li était le doux philosophe, de ces fous sublimes, qui vivent et qui meurent pauvres à leur éternel honneur en ce siècle d'argent oü les conscienœs s'achètent et les convictions se paient; la tête au-dessus des nuages, toujours à la recherche d'un idéal, Malon ne songeait même pas à la vie matérielle ; malgré son travail incessant et le grand nombre cl'œuvres qu'il a publiées il vécut et mourut pauvre, et c'est sa suprême gloire. Le maître est mort, œt ami de trente ans nous a quittés ... et nous le pleurons douloureusement. .. mais nous sommes encore un certain nombre de fous qui ne vivons que pour la poursuite du vrai et la réalisation du juste; le parti socialiste grandit et se fortifie tous les jours, et nous espérons voir s'établir bientôt le règne de l'égalité, de la justice et de cette douce et féconde fraternité pour laquelle Malon a vécu, dans laquelle il est mort aimé, pleuré de tous. Adieu ami, adieu mon frère, tes :imis et tes disciples réaliseront tes espérances !. .. DISCOURS DE M. FÉLIX JAHYER, DELEGUÉ DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES Le confrère à qui je viens apporter le suprême adieu, au nom de la Société des Gens de Lettres, a vécu par l'Idée et pour l'Idée. C'est en cela, au moins autant que par le nombre et l'importance de ses écrits, qu'il appartenait à notre grande famille littéraire.
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