LA MORT DE BENOIT MALON D'autres plus autoris~s que moi rendront hommage au théoricien, à l'homme politique qui fot, tour à tour, adjoint au maire de son arrondisse- .ment, député à l'Assemblée nationale de Bordeaux, membre de la Commune. lis parleront avec plus de sûreté que je ne saurais le faire, des profondes connaissances qu'il a employées dans l'étude des questions sociales et loueront avec justice la sincérité de son esprit aussi bien que l'honnêteté desesdoctrines. Je ne dois entrevoir, au milieu de ses multiples travaux, qw. le côté littéraire, ce besoin irrésistible qui forçait Benoît Malon à exprimer ses pensées par la plume et à faire profiter les autres de sa vaste érudition, acquise au moyen d'une volonté tenace, guidée par une haute intelligence. On n'a pas remué autant d'idées de quelque nature qu'elles soient, sans être un véritable homme de lettres. Aussi Benoît Malon, qui nous appartenait depuis 1886, était-il notre frère par le cœur et par l'esprit. Fils de paysan, orphelin à sept ans, s'il vécut jusqu'à l'âge de 19 ans au milieu des champs, il devait déjà, simple berger, en menant paître ses moutons, chercher dans la contemplation d~ la Nature le moyen d'épancher son âme vouée toute entière et d'instinct à la philosophie idéale; et que de fois n'a-t-il pas dû entrevoir, à cet instant oü il n'était pas encore maitre de traduire ce qu'il ressentait,' les vérités ou les chimères dont tout homme intelligent et consciencieux aime à presser la réalisation! En effet, à peine avait-il passé quelques mois chez son frère, instituteur, auprès de qui la maladie l'avait conduit et appris de lui à lire et à écrire, qu'il sentit la nécessité de s'instruire pour traduire les idées dont il était épris. Aussi le voit-on bientôt, dès son arrivée à Paris en 1865, à l'àge de 22 ans, :i la fois écrire des vers et donner des articles de journaux au Courrii:r Fra11çais • et à la &utualitr, tout en exerçant son métier d'ouvrier teinturier. Bientôt, il se lança dans la politique, mais il abandonna plus tard la lutte de ce côté, pour pouvoir être tout entier à ses chers écrits. De 1871 à 1886, il vient apporter études sur études à divers journaux, J1otamment à l'lutrallsig,:a11t et à la R~"l'lfe Socia/isfr, et publier en libiairie de nombreux ouvrages, tels que: La Morale sociale, Histoire d,; l'agiotag,:, le Nouveau Parti, Histoire du Socialisme qui compte 5 volumes, SpMlacus ou "1 guerre des ,:sr/avcs, etc., etc. Dans ces œuvres, où il'se montre polémiste et publiciste de grand taknt, Benoit Malon, sans écrire une langue d'une correction absolue, ne fait pas moins preuve de lettré et de styliste. 11suffirait pour s'en convaincre de lire le dernier des ouvrag;}s que je viens de citer, qui se rapproche du roman par sa forme, et dans lequel se trouvent décrites, d;ns un style de haut relief, les luttes soutenues contre Rome par les esclaves révoltés : style d'un tour original et bien personnel. L'écrivain n'est pas à la recherche de la phrase traditionnelle, il ne vise point à se rapprocher des maîtres de la langue française, il écrit sans autre préoccupation que celle de donner de la vie à sa pensée, et le mot fait image, la phrase s'allonge sans secousse prenant ane tournure intéressante. Entré dans la Société des Gens' de lettres au moment où il venait de fonder la deuxième R(J'1)ttS.oJci.iliste, organe conservate'ur des études sociales, Benoît Malon commença peu après son grand ouvrage : Le Socialisme i1ttégral que, malheureusement il laisse in~chevé.
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