La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

L'IDÉE DE PATRIE EN ASIE-ORIENTALE 37 aujourd'hui flagrante en Indo-Chine : on m'excusera de m'arrèter plus spécialement à ce pays, puisque la France y a porté violemment qtrelques-uns de ses intérèts. Tant que les souches, seules maîtresses de leur sort, se sont librement développées, la race des Giaochi, sans forteresses, ni armée, ni canons, s'est agrandie sans cesse, et a eu raison des races voisines. liées par des liens monarchiques et gouvernementaux. Elle les a absorbées par la poussée victorieuse de son incessante fécondité. Les royaumes de Cia:mpa et d' Ailao ont disparu : la monarchie des Khmers s'est écroulée : le Siam a reculé sous l'incessante et pacifique invasion du Giaochi, qu'aucune règlementation nationale n'arrètait dans son développement normal, et dans sa diflusion indéfinie hors d'un seul centre ethnologique, radiant en toute liberté. Qu'avons-nous fait de cette race expansive? (Car c'est bien la France qui a poussé Gialong à l'établissement de la nationalité annamite, et c'est la France qui promulgue aujourd'hui à coups de fusil la nationalité inde-chinoise.) Nous avons arrêté son essor. En lui imposant une ,< patrie» nous l'avons emprisonnée en des frontières, et nous avons soulevé toute la partie virile de la race, qui ne veut pas de cette prison-là. Les colons français qui. par un contact continuel avec les aborigènes, perdent un peu de l'étroitesse des idées occidentales - s'en aperçoivent, et prennent la hardiesse de le dire : ,< Tout ce que l'on ,< pouvait faire pour arrêter l'expansion de la race annamite a été fait.>' (Discours de M. Blanchy, président du conseil colonial de Cochinchine. à l'ouverture de la session de 1893). Aujourd'hui nous empêchons le séculaire mouvement en avant des Giaochi; et les Siamois - qui connaissent nos préjugés - envahissent les territoires des vieilles souches laotiennes, au nom de la « Patrie Siamoise. "Ils nous enjoignent de respecter vis-à-vis d'eux le principe national que nous avons importé: ils nous combattent avec nos propres armes : et, dans notre immorale logique, nous reculons devant ces revendications haineuses. Aussi. tyrans mesquins à l'intérieur, et, à l'extérieur, compresseurs de la vitalité de ceuxqu'ils prétendent protéger, les Français apparaissent véritablement comme les mauvais génies d'une race jadis heureuse, qui etît tout gagné à ne jamais les connaitre, et qui, consciente de son malheur ne les supporte qu'en frémissant. Tirerai-je de là une conclusion pratique? Je le ferai rapidement, car je m'estime heureux qu'une dissertation technique puisse conduire à un corollaire d'action immédiat. L'étude qui précede montre à quel point les Occidentaux ont fait fausse route, quand ils ont prétendu, en mème temps que leurs tissus et leurs alcools. importer leurs

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