LA REVUE SOCIALISTE provinces des Quang (Binh, Tri Ngai), côtières du golfe indo-chinois : pris pour l'lndo-Chine entière, il est considéré comme un diminutif injurieux. Les rois de la souche Nguyen appellent Daïnam (grand pays du sud) leur patrimoine spécial : Vietnam (au delà de.5 frontières du sud), qui est le vocable employé dans plusieurs traités avec la cour de Hué (convention du 25 aoùt 1883), n'est qu'une appellation chinoise, donnée aux provinces envahies par les bandes de soudards du général chinois Cao Bien : elle est considérée comme un terme dédaigneux. Le mot Tonkin est inconnu des Tonkinois : c'est une oblitération du diagramme Dongkinh (capitale de l'Est), qui est un des noms de la ville de Hué : le mot Cochinchine est également inconnu : les Annamites de ce pays l'appellent Giadinh, du nom d'une ancienne capitale. Les Annamites de Hué rappellent Namky (pays du sud) : mais ce même nom de Namky est donné par le., Tonkinois aux provinces del' Annam. Le mot Backy (pays du Nord) sert en Annam à désigner le Tonkin: mais, au Tonkin, c'est le nom que l'on donne à la Chine. Les appellations du sol varient donc avec la position relative des gens qui en parlent; il est donc impossible d'imaginer que cet Etat. qui n·a eu 111 nom, ni symbole, ait formé une personnalité, une patrie. Ce n'est même pas un mythe; il n'existe pas en fait : il n'existe même pas en paroies, ni en imagination. Comme conséquence directe, cette race n'a jamais eu d"armée : l'armée ne sert qu'à défendre un sol : à quoi eùt serYi une armée annamite ? Chacun des propriétaires familiaux -- les chefs des villages - assuraient la tranquillité du patrimoine de leur souche, et ne s'inquiétaient pas du patrimoine du voisin; chaque commune a\'ait donc les gardes qui semblaient nécessaires à sa sécurité, elle pouvait, sui\·ant les époques, en augmenter ou en restreindre le nombre. Mais pourquoi eùt-elle cherché une domination sur le \'Oisin? Pourquoi surtout eùtelle tenté une expédition sur un territoire étranger, expédition dont le succès même lui eùt été fatal, puisqu'il lui eùt apporté plus de sol que la souche n'en pouvait cultiver? A quel avantage eùt correspondu ce terrible impôt du sang, cette cruelle obligation - follement consentie en Occident - de consacrer à la défense d'un état de choses souvent contraire aux intérêtb des particuliers, le plus clair de la santé et de l'intelligence desdits particuliers? " A ce point de vue, disait un sao-t>iendo-chinois très au courant des ~ ' " modernités, et que j'ai eu souvent le plaisir d'entretenir, la patrie ,< semble déformer l'être moral des races, comme les bottines et au- ,< tres habillements déforment l'être physique de vos femmes, Maté- ,< riellement, la patrie prend à la race son sang le plus généreux : in- ,< tellectuellement, elle lui rapetisse l'esprit de conceptions analytiques:; ,< ethnologiquement, elle réduit son rôle et arrête son élan. » De cette triple condamnation de notre idéal national, la vérité est
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