La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA .\'lORT DE BENOIT MALON trésors découverts par lui au cours de longues et minutieuses recherches clans des régions de la pensée souvent inexplorées. Cela, avec une générosité qui s'ignorait elle-même. Car cet analyste subtil des phénomènes économiques, ce cerveau puissant qui s'était assimilé toutes les connaissances sociales de son temp,, était d'une simplicité ingénue. Sa bonté n'avait d'égale que sa modestie. Ce savant se méconnaissait. Q!.1ede fois il nous a félicités pour des travaux dont la partie la plus origin::le avait été directement inspirée par lui, élaboré<! sur des matériaux qu'il avait fournis ou sur une idée qu'il avait largement développée ! Pauvre cher ami ! Jusqu'à la fin, il nous a aimés, il s'est intéressé à nos etudes, se préoccupant de b confection de la R,:vuc, nous prodiguant par écrit, depuis que la voix lui manquait, les conseils et les encouragements, prèd1:1nt d'exemple lui-même ! Le mois dernier encore, il consacrait les heures de tr~ve bien courtes que la souffrance physique lui avait laissées, ~1 écrire un article dont l'effort a peut-être précipité la catastrophe, Et maintenant puisque l'irréparable est consommé, que nos i·egrets et nos larmes sont impuissants devant l'inflexible arrêt qui nous frappe, nous prenom ici l'engagement d'honorer la mémoire et le souvenir du maître et de !'am; que nous avons perdu, en dévouant nos bonnes volontés à la continuation de l'œuvre qu'il avait entreprise. Son œuvre ! Hélas! qui de nous oserait espérer pouvoir prendre et couronner le monument auquel Malon a consacré tant cl'infatigable travail. Malon fut un de ces pionniers du progrès dont l'œLivre reste à jamais inachevée, parce que ces voyants des temps futur; ne sauraient léguer à leu1s disciples le rayon qui marque au front les élus de la pensée. Mais si nul d'entre nous ne nourrit l'espérance chimérique de parachever le chef d'œuvre du maitre disparu, les ouvriers qu'il :i.vait réunis autour de iui, les amis qui eurent sous les yeux son exemple d'un si haut enseignement, sa vie tout entière consacrée au travail et à l'amour d'autrui, ceux-là pourront au moins s'efforcer de marcher clans le sentier qu'il leur a tracé. 1 C'est ainsi qu'ils s'acquitteront de la dette de reconnaissance que tous les collaborateurs de la R<''ê'l!t! ont contracté du vivant de Malon. C'est ainsi que nous honorerons clignement sa mémoire. Puissions-nous ne pas faiblir dans nos résolutions, ne p:i.s reculer aux heures tristes, devant la lourdeur de la tâche. Q!.1esi nos volontés faiblissent et si le lien qui nous unit venait à se relàcher, le souvenir de ses conseils affectueux, de ses remontrances amicales, nous raffermissent dans l'accomplissement du devoir. LE CITOYEN VAILLANT dit ensuite quelques mots au nom des anciens membre·s de la Commune. 11 rappelle combien Benoit Malon apporta de clairvoyance et de dévouement dans les fonctions dont il fut chargé en 187 1 ; il salue en lui l'homme intègre et le ré:--olutionnaire qui sous les dehors les plus pacifiques, cachait l'étoffe d'un homme d'action et d'un lutteur. << C'est un soldat de moins, s'écrie Vaillant en terminant : c'est un lutteur à terre, c'est un socialiste disparu ... Vive la Commune! Vive la Révolution Des acclamations enthousiastes s:iluent cette péroraison.

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