La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE Mais que le sentiment du devoir social, du devoir humain, refoule dans nos cœurs le cruel déchirement de l'irréparable perte. Surs1111c1o_rcla ! Haut le cœur ! Celui qui ne s'arrêta jamais dans la voie si ardue de. la poursuite des justices nouvelles, celui qui au milieu des plus atroces souffrances endurées depuis dix mois ne cessa pas d'augmenter son œuvre, l'infatigable pionnier, dont le dernier regard de moribond fixait encore de tout son reste d'énergie l'aurore de la délivrance qui se lève pour l'humanité, ne nous permettrait pas de rester abîmés dans la douleur. Relevons-nous ; unissons-nous pour combattre le passé et conquérir l'avenir. Benoit Malon est mort. Vive la justice sociale par la lutte et le progrès! Et, vocable suprême synthétisant l'être tout entier du grand mort, Vive l'human1ti.: ! Vive l'humanité ! Ce cri est répété à plusieurs reprises par des milliers de voix et la parole passe au citoyen Rouanet, député, représentant la rédaction de l:J. R,"i.!llrJ socialiste. DISCOURS DE ROUANET La r.:daction de la Rt1v111:, dit-il, m'a chargé d'apporter une dernière parole d'::dieu au maitre aimé, dont la disparition plonge dans le deuil tous ceux, qui de près ou de loin, ont eu commerce avec ce cœur admirable, cette âme si haute, l'intelligence supérieure que fût Benoît Malon. Si la douleur de tous est grande, combien est cruellement ressentie par ses collaborateurs, par la rédaction de la R,·-.·1i.·, la perte de celui dont l'esprit nous vivifiait depuis dix ans, rayonnant autour de nous comme un foyer naturel de bonté active. de pensées généreuses et fécondes, où les courages se réconfortaient, où les cœurs s'élevaient, en même temps qu'on puisait à sa chaleur bienfaisante les forces nécessaires pour la lutte quotidienne et la défense des idees communes. Car Malon était l'âme de la Revue. Une âme douce, auprès de bquelle on aimait se retremper aux heures de doute et de lassitude. Q\,1and l'esprit ne parvènait pas à saisir pleinement une solution entrevue, quand la fatigue intellectu.::lle ou morak s'emparait de l'un de nous, la pensée toujours lucide de Malon faisait jaillir le trait de lumière et son cœur savait trouver les paroles qui stimulent ou consolent. Tous ses collaborateurs en effet, étaient ses amis. Tous n'étaient-ils pas, quelles que fussent leurs divergences, mûs par le mobile qui fut celui de sa vie tout entière : la recherche de la vérité, le désir de travaille1) la suppression des misères humaines ! Cela suffisait pour ouvrir les portes de la R,"iJttc et conférer :1 quiconque, connu ou obscur, compétent ou inexpérimenté, ~pportait le concours d'une bonne volonté agissante, des droits illimités à l'affection sûre de Benoît Malon. Oui, nous étions tous ses amis. Et avec nous, il dépensait sans compter. li prodiguait 1t tous le fruit de ses méditations, le résultat de ses labeurs, les

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