LA REVUE SOCIALISTE LE CITOYEN CAMÉLINAT vieil ami de Benoit Malon, prononce l'allocution suivante De tous les membres fondateurs de l'association internationale, je s.uis hélas le dernier qui reste pour dire un mot d'adieu à celui qui fut l'un des premiers adhérents à cette association. Les uns, comme Varlin, sont tombés sous les balles de la réaction versaillaise, d'autres comme Perrachon, Schemalé, ont été emportés par les maladies contractées pendant la lutte, beaucoup ont été fauchés par le temps. Il y a deux mois à peine, nous accompagnions l'un d'eux à cette même place; quelques uns se sont égarés en route; de sorte qu'aujourd'hui je suis seul ici pour retracer cette époque de l'entrée dans la vie politique de Benoit Malon. C'est pendant l'hiver de 186:;, en allant lui porter sa carte de membre de l'Internationale, à laquelle il venait de se faire inscrire, que je vis Malon pour la première fois, dans cetts teinturerie de Puteaux, Oll il était homme de peine. C'est là qu'un dimanche matin, les manches et le pantalon retroussés, pieds nus dans ses souliers, je le trouvai occupé au nettoyage de l'atelier. L'après-midi fut employée à recruter des adhérents et aussi à parler des misères du travailleur; son histoire était la mienne: élevés tous deux aux durs travaux des champs, Oll nous étions restés jusqu'à près de vingt ans, nous nous sommes vite compris et, avant de nous quitter, le 91ème soir, nous étions ce que nous sommes toujours restés depuis: deux amis. A partir de ce jour, malgré la distance de Puteaux à la rue des Gravilliers, distance qu'il lui fallait parcourir à pied, malgré la pluie, la neige, Malon fut l'un des membres les plus assidus des réunions hebdomadaires de l'Internationale. Dans ces réunions, il prit une part des plus actives à la discussion des questions portées à l'ordre du jour du premier Congrès de l'Internationale, qui eLÎt Iieu à Genève, le ; septembre 1 8b6. Malon y fut délégué, et j'eus le bonheur d'être l'un de ses compagnons. Les quelques jours passes dans la République helvétique, le succès de ce premier congrès nous av:1ient enthousiasmés tous deux, en revenant à Par!s, nous entrevoyions déjà le renversement de l'Empire, l'écroulement de toutes les monarchies, la fédération des peuples et l'établ1sscment de la République social:.:. Malon avait recommencé sa propagande lorsqu'il fut amené à faire preuve du pl us grand dévoucmen t. Le gouvernement impérial ayant ordonné des poursuites contre la I rc commission de l'Internationale, il fut décidé qu'une seconde commission serait constituée. c'était la condamnation certaine. Malon n'hésita p:is et il paya de trois mois de prison cet acte de dévouement. A d::i.kr de ce moment, les procès de l'Internationale se succédèrent avec rapidité. Malon est encore compris clans le quatrième et condamné cette fois ;i. une année de prison qu'il purgeait à Beauvais, lorsqu'il fut remis en liberté le lendemain du 4 septembre. Mo11rôle ici étant simplement de retr:icer les premières années de la vre politique de Malon à l'Association Internationale, je termine.
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