AL MORT DE BENOIT MALON 401 Son fonds d'affective bonté était surtout inépuisable envers les faibles et les jeunes. « L'effort des commençants et des humbles est saint, a-t-il écrit clans ses dernières volontés, il faut l'1;ncourager. » li les encourageait, en effet, et c'était touchant de voir comment il s'ingéniait à couvrir les défauts et à sou Iigner les mérites d'une première production. Les débutants se retiraient toujours contents et combien sous l'influence de ce paternel accueil ont pu se développer, qui eussent succombé sous le poids d'une critique méritée. Ce foyer de bienfaisance devait attirer les dévouements. L'on peut dire qu'après ses œuvres et ses actes, ils ont été le plus bel ornement de sa vie. Vous en avez un exemple touchant dans la personne de deux femmes que leur modestie autant que leur douleur cache à vos regards ( 1). L'une, pendant trois ans, lui a prodigué les soins les plus dévoués, les plus assidus, faisant de la santé du pauvre malade l'unique objet de sa vie. L'autre lui a donné une année de son temps, de sa santé, et, dans une veille ininterrompue de huit mois, dont tous les instants furent remplis de soins vigilants et de reconforts affectifs, a donné la mesure de la prodigieuse force de résistance que communique au frêle organisme qu'est la femme la sublimité du dévouement. Pour ceux qui n'auraient pas connu Benoît Malon, de tels faits suffiraient à le juger. li faudrait n'avoir point connu Benoît Malon pour conclure de cette grande bonté 11une veulerie de caractcre qui trop souvent explique ce plus noble attribut de l'homme par l'absence de toute virilité dans la volonté; Malon fut faible, il est vrai, et ne sut jamais rien refuser toutes les fois que sa personne ou ses intérêts étaient seuls en cause. Il ne sut même pas se défendre, car c'était un détestable lutteur pour cette bataille féroce des intérêts qui fait le fond de la société actuelle. Nous le grondions alors. li nous désarmait en nous associant à l'un de ses sauvetages, sortes de relèvements moraux ou physiques dans lesquels il dépensait ses ressources et St!S facultés pour sau,ver quelque infortune, panser quelque plaie morale ou ramener quelque égaré. C'était tantot la provision du mois qui y passait, tantdt des semaines ravies à son travail. Certains font la part du teu pour des habitudes ou des caprices; avec Malon il fallait compter faire la part de la bienfaisance, et cela ne chomai t pas. Vous savez qu'il meurt pauvre. Mais l1côté de cette faiblesse dans l_abonté que blàmeront seuls ceux qui n'ont pas connu l'ineffable volupté de la bienfaisance, quelle force nous trouvons dans cet homme aussitot que nous quittons le terrain individuel. Ah! certes, le Vincent de Paul n'atténuait pas en lui le révolutionnaire, l'énergique membre de la Commune, le ferme administrateur et l'héroïque défenseur du XVII• arrondissement. Cette contradiction s'explique d'un mot: Malon était altruiste, et suivant qu'il s'agissait de lui-même ou de la collectivité, revètait une nature différente. Citoyennes et citoyens qui êtes dans cette enceinte, et vous tous oublieux ou indifférents qui êtes restés étrangers à cette manifestation, nous sommes tous cruellement frappés par cette mort. Il n'y a pas ici de deuil individuel, ni de parti, ni de groupe, ni de catégorie, ni de nationalité. C'est un deuil universel, car c'est au progrès de l'humanité tout entière que Benoît Malon a consacré sa vie. (1) Mme Sarrazin et Mlle Husson.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==