La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

L11Dt~E DE PATRIE EN ASIE-ORIENTALE Telles sont les idées que publie un Annamite catholique, naturalisé français, et petit fonctionnaire depuis plus de dix ans. Quels ressentiments doivent donc nourrir les souches éloignées de tout contact étranger, vivant, fusils en main depuis un siècle, dans la défense et l'amour exalté de principes à leur point de vue sacrés, qu'elles voient mépriser et transgresser tous les jours? Et avais-je quelque raison de dire que la race çies Giaochi se dressait tout entière contre l'idée de patrie_, contre le sentiment de nationalité, et, par contre coup, contre les envahisseurs, qui voudraient lui inculquer de force des opinions contraires à celles qu'elle a toujours professées. Telle est, dans les plaine.; d'lndo-Chine, le sentiment général. Dans les pays de montagnes, où les int1uences étrangères pénètrent lentement, où les contacts s'opèrent difficiles, le régime du gouvernement intérieur des familles subsiste en entier. La souche des Hoang est maitresse souveraine sur son territoire : je ne rappellerai que pour mémoire Hoangnhi qui défendit Sontay, Hoangloctinh, qui défendit le Phuyen, Hoangthangloï, qui défend encore le pays Thô, et tous ces chefs de la souche Hoang, accueillants au voyageur, doux au passant, terribles à l'étranger, impitoyables au conquérant qui lui apporte les pienfaits (?) d'une autre civilisation. Citerai-je la souche des Dinh, sur la Rivière Noire, avec qui nous avons été tenus de traiter, et à qui nous avons laissé son indépendance? Citerai-je l'oligarchie familiale de la souche des Cam, chez les Méos de Laï et du Songma, que nous avons respectée sur son lointain et inexpugnable territoire ? Citerai-je les larges espaces du Laos, où le régime familial subsiste dans sa primordiale intégrité, à tel point que les souches ne contractent pas mariage <mtre elles, qu'elles ne marchent point sur leurs territoires respectifs, et où elles sont devenues à tel point étrangères, qu'elles parlent des dialectes différents, incompréhensibles de village à village? Partout où ils ont pu, les aborigènes ont repoussé l'union nationale qu'on leur offrait, et qui n'était qu'une absorption : là où ilsn'ont pas été les plus forts, ils ont disparu, ou ils luttent encore, sans espoir mais avec rage, tantôt contre les rois Nguyen, tantôt contre les Français, préférant la mort à cette fusion en nation, qui est le danger, à ce patriotisme, qui est l'ennen.1i. Une preuve bien singulière et tangible de l'absence à toutes les époques de l'idée de patrie chez la race Giaochi, est que le pays par elle habité n'a jamais porté de nom d'ensemble : un giaochi, questionné sur son lieu d'origine, donne le nom de sa souche, de son village, du fleuve qui arrose son territoire; il n'existe pas de nom générique du pays. Le mot Annam (sud pacifié) ne comprend que les

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