La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE « Si j'en sors, de cette crise, j'aurais eu la formidable préparation philosophique, celle de la souffrance et des réflexions tout à fait sincères sur la vie, sur la société, sur ses semblables, toutes choses que l'on se croit prèt à quitter. « C'est alors que le psychologue va droit au but. « Si j'en reviens, la douleur m'aura fait philosophe, et mes livres prochains, s'il en est, s'en ressentiront. 3 février 189.3, matin. <C Mon ami c'est pour moi un crève-cœur de penser que je vous ai arraché à vos affaires, à notre œuvre sans pouvoir seulement échanger deux paroles avec vous. « Cela avance peu les choses que vous me voyiez souffrir. Maintenant le but est atteint, espérons que tout se passera comme le croit notre ami le docteur Guichard, je réitère mon offre à la destinée une année de travail, le grand repos après, emportant mon paradis dans mon cœur, le tendre souvenir des grandes affecti0ns qui ont bien voulu dorer ma vie. « Veuillez écrire à la Petite République, à \'Eclaireur de l'Est, au Petit Ro11c1111ais, etc., que ma maladie exige 2 mois de plein repos. Qu'après cetk date, relativement guéri, il faut l'espérer, je reprendrai la plume. en substituant aux lundis socialistes jusqu'à la fin de la période électorale, des articles d'actualité afin de prendre ma part de combat pour la République réformatrice. « Modification heureuse et importante conçue cette nuit, pour mon œuvre. C'est la société collectiviste qui voulant savoir tout ce qui peut être emprunté à un régime individualiste envoie une mission à Grand'lle (Madagascar). Par l'impression des délégués en retour, j'aurais l'antithèse complète des deux régimes. Et quelle source d'observations et de pensées ! ' . « Mon ami je crains parfois d'avoir été brusque avec mon mutisme forcé. Pardonnez tout à un pauvre patient, à qui la douleur, depuis tant de temps, ne laisse plus une seconde de répit. « C'est dur aussi, tant avoir à se dire et ne pas pouvoir échanger dix paroles, quand j'ai là un monde qui fermente, un monde que j'ôi été chercher dans les cercles les plus profonds de la souffrance physiologique et ne pouvoir dire : Ecoute frère, nous allons effeuiller de l'avenir social et de la pensée humaine ensemble. 5 février 1893. « Si je reviens, je ne la maudirai pas cette douleur, car elle aura été la sévère, mais divine inspiratrice qui m'aura permis de jeter la sonde dans le devenir des sociétés humaines et de l'avoir fait d'une pensée vraiment libre des préjugés et des petitesses actuelles. « Comme il est radieux ce monde de l'idée dor,it la douleur m'a éclairé tant de points obscurs; quand pourrais-je la fixer sur le papier sous les auspices de l'auguste amitié et des plus ferventes tendresses ?

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