La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA MORT DE BE:-IOIT MALON 391 Cannes, 3 mai. ,< ... Que je puisse travailler en bénédictin deux ou trots ans et communiquer avec ceux que j'aime le plus, je suis content, quand on vient d'où je viens on demande peu à la vie. Que n'était le devoir social et les affections, on n'en voudrait plus du tout. Cannes, 8 mai. ,< Ah ! mon ami, touchons-nous enfin au but, et pourrai-je me mettre bientôt à notre œuvre ! Cannes, 10 mai. ,< Réponse à un de ses amis qui lui annonçait un " sauvetage " accompli (le relèvement économique d'une femme dont Benoit Malon avait reçu dans le temps un petit service). « je vous remercie pour Madame B. Cette fois l'altruis111c i111111ediat a bien réussi. Ce sont là, comme vous le dites, les plus grands bonheurs, après ceux de l'amitié partagée. Vous êtes digne de sentir les uns et les autres et je prends ma part de votre joie. ,< Avoir sauvé une femme intelligente vaillante et bonne (je la sais bonne) c'est quelque chose et ce sont là œuvres qui portent quelquefois plus loin qu'on ne croit. Elle en aimera davantage la bonté et l'enseignera aux siens! Nîmes, 22 mai. ,< Dans ma souffrance je ne cesse d'être attendri du dévouement et de l'affectuosité réelle de mes docteurs Guichard, Delon, Reboul qui remuent ciel et terre. Mai 1893 (Retour à Paris.) « Pourquoi ne me parle-t-on pas franchement. C'est par les journaux que j'apprends que je dois être opéré. Piogcr est venu hier avec des précantions dont je n'ai pas besoin. « Il c;'agit de ma vie, car c'est une opération presque toujours mortelle. Je ne reculerai devant aucun devoir que m'indiqueront mes amis. mais je veux marcher les yeux ouverts, je veux d'abord quelques jours pour tàcher de rédiger mon testament philosophique et prendre quelques dispositions. Le docteur Périer est très sympathique, il ne refusera pas. Enfin, je veux qu'on me ·traite comme un homme qui a fait le sacrifice de sa vie et qui a le droit de tout savoir. « Ne vous étonnez pas de ce sens critique, je vois ce que je n'aurais pas vu avant ma maladie, tant la souffrance avive ma pensée. C'est après de telles souffrances qu'on devrait revivre pour semer l'idée vraie, la volonté pure et les sentiments de bonté. 3 juin. « En somme, la médecine déclare son impuissance dans mon terrible mal en me conseillant la force d'àme. J'ai voulu lire Epictète, mais les lancinantes douleurs faisaient danser les lettres devant moi, j'ai du m'en tenir là.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==