La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE science jugeait presqu'aussi indispensables que la refonte de certains chapitres et l'addition d'autres ..... Hélas! L'effort qu'il fit ensuite pour la composition de son dernier article paru dans notre numéro d'aoùt a été le dernier, et peut-être même a-t-il hàté un peu sa fin trop soudaine. Après cet ultime effort il n'a presque plus travaillé, se préoccupant cependant sans cesse de sa chère Revue et lisant les articles reçus notamment une étude due à Colajanni et qui passera dans le prochain numéro. Les derniers jours de son agonie, le malheureux martyr n'avait mème plus la force d::!converser avec ses visiteurs au moyen de l'ardoise ou des feuilles de papier qui lui servaient à écrire ses pensées depuis que l'opération de la trachéotomie lui avait enlevé l'usage de la parole. - Jamais, Rouanet et moi, nous n'oublierons la pression de sa main déjà froide et le regard douloureux et ému dont il nous poigna, sans aucun geste ou signe, lors d'une dernière visite le jour même de sa mort. Jamais non plus nous n'oublierons la désolation de son ange gardienne, - et le navrement de Fournière quand nous lui racontàmes cette pénible entrevue. Fournière co~1rut aussi à Asnières, mais le maitre n'était déjà plus. Rodolphe Simon avait reçu son dernier soupir. JY..aisn'oublions pas davantage que notre tàche consiste uniquement eu u1~ compte-rendu à la fois très sobre et aussi fidèle que possible et en une classification de citations. D'ailleurs, que pourrais-je dire qui n'a pas été dit? Je me résigne donc au procès-verbal et YOici pour commencer les notes que m'a remises cc cher M. Simon qui fut pour Malon plus qu'un frère et ami : On sait que B. Malon, né de simples paysans, vécut de la vie des pàtres jusqu'à dix-huit ans. ,<Tombé malade, et recueilli chez son frère, instituteur, il occupe sa convalescence à dévorer des alphabets. Soudain il se relève, ayant découvert dans une brochure qu'il épelait, cette formule philosophique: ,< Il est de stricte justice que la Société soit responsable de l'existence de tous les individus qui la composent et que chacun d'eux, riche ou pauvre, ait le même droit à la terre, à l'air, à la lumière, à la vie». ,<Ah! cela sera, s'écrie-t-il ». Il boucle sa ceinture, et le bàton de voyage à la main, il se dirige vers Paris, à pieds, sans un liard en poche ( 1). » Sa vigueur de campagnard lui avait fait une provision de santé suffisante pour résister pendant vingt-cinq ans aux privations du prolétaire, aux fatigues du militant et aux veilles de l'autodidacte. ( 1) U11pe11se11sorcialiste,Be11oitMn/011, par L. Caldel. Revue Moderne, 20 nov. 1886.

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