LA MORT DE BENOIT MALON propagande théorique, - nous rappellerons que celle-ci a bien aussi son utilité - que les ·états de service de Malon sont loin d'avoir été uniquement ceux d'un éminent contemplatif et lui ont par conséquent sur le tard créé une sorte de droit au repos, - et que son passé de soldat et d'officier révolutionnaire lui permet de rester à l'ordre du jour de l'armée socialiste pour d'autres mérites que ceux d'un pur théoricien. Benoît Malon a milité dans l'armée ouvrière et dans l'armée révolutionnaire pendant vingt années accomplies, de 1864 à 1884 ; il a été quatre fois chef de grève, a fondé huit sociétés ouvrières, a été, après Varlin, un des principaux fondateurs de l' !11tematio11nle n France, a été député socialiste et membre de la Commune de Paris, a connu onze fois la prison, a été neuf ans en exil, et après avoir plus d'une fois combattu aux barricades, il a, conjointement avec Jaclard, dirigé en 187 1. la résistance insurrectionnelle du dix-septième arrondissement dont il était maire, dans les terribles jours de la Se111ai11sea11gla11/e, contre l'ar· mée de Vers<J.illes. Au prix de fatigues excessives, de sacrifices extrêmes, Malon a donc connu toutes les jouissances morales, - d'abord celles si sensibles, si complètes, ressenties dans la sphère des agitations populaires, en qui sont toutes les vitalités, toutes les aptitudes latentes, toutes les puissances ignorées, toutes les aspirations au progrès ; - puis ces grandes et nobles joies que l'on éprouve au fur et à mesure que l'on voit venir à soi les intelligences. Détacher de la bourgeoisie et des classes privilégiées le plus d'esprits consciencieux possible, tel a été en effet le dernier but auquel s'est attaché Malon dès la fondation de la Revue socinlist,,, - l'on sait avec quel doux et séduisant acharnement, et aussi avec quel succès. A preuve le mouvement grandissant de curiosité sympathique, voire même d'acquiescement vers le socialisme, qui se manifeste de plus en plus dans des milieux inattendus, ou chez les meilleurs d'entre les Français. Malheureusement Malon a été enlevé trop tot à l'affection de ses amis et, selon l'une de ses expressions, ,< au travail contre la grande douleur collective. contre l'iniquité universelle.» Il a édifié une colonne de bronze qui bravera les temps. Mais cette colonne est une colonne au sommet brisé. Le troisième Yolume du Socialisllleintégral reste inachevé. De son propre aveu, 111orbcin11sti, il a été fait trop hàtivement. Ses lecteurs et amis ne partageront pas ces scrupules d'artiste. En tout cas, Malon voi.Ilait le recomposer autrement, le documenter davantage. Toujours épris de rigoureuse exactitude scientifique, toujours curieux des lueurs sociales d'autrui, le pauvre grand homme, sentant bien que ses atroces douleurs finiraient par le terrasser trop vite, me disait,. à notre dernière causerie la veille de mon départ pour le Congrès de Zurich, qu'il comptait en septembre sur mon modeste concours pour certaines recherches bibliographiques qu'il m'indiquerait et que sa con-
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