34 LA REVUE SOCIALISTE sentement de tous, le premier des Lê monta sur le trone. Pendant quatre cents ans, ses successeurs maintinrent intégralement les gouvernements dans l'intérieur des villages et des familles, et ne se considérèrent que comme des mandataires, gardiens scrupuleux de l'ordre établi. L'influence française, qui se fit sentir chez les Giaochi dès Louis XV. précipita la chute de la souche Lê: elle fut remplacée, avec l'aide d'ofii- ·ciers français, par la souche Nguyen. Le roi Gialong - un grand prince, suivant les données occidentales - promulga un Code partout obligatoire, réunit sous un commandement personnel l' Annam, le Tonkin, la Cochinchine et le Laos, décida que la ville de Hué serait la capitale du royaume, et tenta dïnstituer la patrie indo-chinoise. Le gouvernement communal et l'absence de tout lien national étaient si nécessaires à la compréhension de l'existence publique, que toutes les souches du nord se révoltèrent et commencèrent une rébellion qui a duré tout ce siècle, et de laquelle les Français, - en prenant la charge du protectorat, - ont hérité des rois d' Annam. C'est contre , la formation antilogique d'une patrie que le Tonkin entier s'est soulevé. en 1797, d'un soulèvement qui dure encore : c'est aussi contre le fonctionnarisme, suite obligatoire de cette prise de possession par un roi, et contre lïmpot du sang, suite obligatoire de cette mise en décrets du patriotisme. Si les Français qui gouvernent aujourd'hui là-bas étaient moins superficiels, ils sauraient que ce n'est pas tant à leurs personnes que la race en veut, qu'aux idées, que jadis ils ont forcé Gialong à professer, et qu'à présent ils ont ramenées avec eux. J en prends à témoin l'historien officiel de la monarchie, dont voici les textuelles paroles : ,< Nous avons aujourd'hui sous les yeux le ,< tableau peu consolant de ce qu'ont su faire Gialong et ses successeurs, ,< nouveaux maitres du domaine royal. Leur obstination aveugle leur ,< a fait perdre la Basse-Cochinchine, leur mauvaise administration leur ,, a aliéné les cœurs: quant à l"Annarn proprement dit, la suite de ses ,< malheurs, la terreur par laquelle les populations sont dominées, la ,< tyrannie et l'improbité des fonctionnaires de tout rang sont asse7. ,< connues pour qu'il soit superflu d'en faire l'histoire. Si on veut, à ,< Hué, que !'Annam Yive de la vie politique des peuples utiles, si la ,< dynastie des Nguyen veut durer, il faut qu'elle cherche sa voie et ,< qu'elle la suive résolument. Quant à nous, nous saurons toujours « respecter le passé et lui rendre hommage et justice : nous n'ou- « blierons pas que les An1ta111ifesde Cocbincbi11e, d'A1111amet dn 'Tonki11 « ont la 111è11o1reigine. Bien que séparés par les destinées politiques, nous ,< nous /:lèverons de toutes nos forces co11trece système erroné d'ad111i11istra- ,< tio11.quifait dn peuple le bétail des rois, qui n'est que l'exploitation ,< maladroite et criminelle d'une nation par la caste des fonctionnaires « avides et ambitieux. » (Truong Ky, Histoire de l'A11na111, t. II,p. 251.)
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