L'IDÉE DE PATRIE EN ASIE-ORIENTALE 33 ,< commune, dit encore M. Luro. naît de l'initiative libre et spontanée « des citoyens : un territoire est vacant, un homme se sent capable. ,< à l'aide de sa famille, d'exploiter ce territoire; il obtient, pour lui et ,< ceux qui veulent le suivre, le droit d'occupation et d'exploitation. ,< Les nouvelles cori1111unessont administrées par leurs fondateurs : la « population augmentant par la fécondité des familles, l'administra- ,< tion se complique de nouveaux notables. C'est ainsi que la propriété ,< individuelle; la propriété communale et leur conseil administratif « prennent naissance.» (Id., p. 161. passim.) Telle est - empruntée à un administrateur français de Cochinchine, - la définition du régime du pays: c'est le plus pur communisme, non seulement ignorant, mais négateur de toute patrie; tous les besoins naissent, s'agitent, sont satisfaits dans l'intérieur de la commune : tous les intérêts s'arrêtent donc à ses limites; elle est véritablement un tout. et la commune voisine lui est indifférente et étrangère : leurs aspirations ne concordent jamais, ne s'opposent jamais; elles sont éternellement parallèles : par dessus les barrières si naturellement établies, il ne peut plus passer que des sympathies individuelles, des associations commerciales; tout lien administratif, - à fortiori national, - est à jamais rompu. Tous les villages vivent sous des autorités idoines, - sans cesse issues d'eux, et par eux renouvelées, - les uns à côté des autres, sans souèi les uns des autres : leur seul but étant de vivre dans leur pacifique indépendance, un des premiers soins de leur liberté est de sauvegarder celle d'autrui. Primitivement, ces groupes d'hommes - qui \'i\·ent dans une paix et une égalité parfaites, - formaient autant de familles distinctes. Le texte cité plus haut l'indique : l'histoire de la race en fait foi. Cent familles - Baho - dit-elle. constituèrent les premiers villages du sud de l'Asie: ces familles sont subdivisées aujourd'hui en •souches nombreuses: mais chaque individu porte le nom de la souche primitive, et l'inscrit, dans tous les actes importants de son existence, avant ses autres noms : c'est ainsi que les souches Lê. Trinh, Nguyen, Thanh, Phuong. s.ont les plus répandues dans la race des Giaochi (race indo-chinoise, littéralement doigts bifurqués, nom choisi sur une particularité physique essentiellement distinctive). Chacune d'elles avait jadis son administration et ses demeures, sous l'autorité du chef de la famille : depuis lors, trop nombreuses pour n'être pas sujettes à la dispersion, elles se sont mélangées dans les com1~unes et dans les mariages. Mais le gouvernement primordial n'en a pas moins subsisté avec son caractère patriarcal, et chaque village, si important qu'il soit, ne comporte que cinq à six souches, rapidement apparentées. Les mâles de certaines souch-::s embrassaient toujours le même métier. C'est ainsi que les Tran et les Duong étaient brigands et contrebandiers héréditaires. Le roi n'était que le chef d'une de ces familles : et du libre con3
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