LA REVUE SOCIALISTE Yice-royautés même, il y a des peuples indépendants, co,11me celui des Taïpings, comme celui des Coden (des Pavillons Noirs) que leur chef Luu\'inphhuoc men:1 pour son compte à la guerre du Tonkin. Ceuxlà n'obéissent à personne. Ce sont de grandes familles errantes, qui ont pris au pied de la lettre la maxime du sage latin : ,, Ubi bene, ibi patria. " Aucun Chinois - à part les familles des Emissaires royaux - ne prend part à \'administration : ils sont divisés en,, Congrégations,, dont le chef est tout borinement un maire, généralement le commerçant le plus honnête et le mieux posé de sa congrégation; ce chef représente les intérêts de ses commettants: il ne leur impose pas les siens. A l'étranger - et dans les possessions européennes en Asie -, ces congrégations ont des ramifications étendues: leurs membres sont unis entre eux comme de véritables frères : dans leur lente in\'asion du globe, la communauté de race est le seul et indissoluble lien de ces combattants pacifiques. L'empereur - le fils du ciel - est un maitre très vénéré, peu contesté, et parfaitement ignoré de tous, sauf de ses fonctionnaires: ce qu'il fait individuellement n'engage rien ni personne dans son empire: Les Tsin ont renversé les Han. les Mongols les Tsin. les Ming les Mongols. et les Mandchoux les Ming, sans que la race bronchât, sans qu'un seul Chinoi se crùt lésé dans un de ses droits, ou opprimé dans 11lle de ses affections. Un chinois ne bougera pas. si cent mille barbares envahissent l'empire: ma·;s toute sa congrégation se levera, si un voleur pille sa maison. Telle est l'étonnante application des conceptions de Kongtzeu. qui fait du peuple chinois le peuple sans patrie, le plus cosmopolite, le plus pacifique. le moins armé contre les_entreprises du dehors, mais aussi qui fait de la race chinoise la race la plus autonome, la plus unie, la plus tenace de l'uni\'ers entier. N'ayant pas de patrie à défendre, ce peuple n'a point d'armée: dernièrement l'empereur a eu grand peine - après avoir dépensé bien de l'argent à acheter des \"aisseaux - à trouver des marins mercenaires pour les monter: les armées permanentes n'existent pas; on lè\'e des soldats pour un besoin passager, et on les licencie, la besogne faite. Rien des forces vives de la race n'est dépensé à des questions d' extérieur ou d'amour propre: on laisse leur vitalité tout entière aux intelligences lettrées qui cherchent le bonheur, et aux patiences commerciales qui font la fortune de !'Extrême Orient. On dira que cette absence de patriotisme, si elle vaut à ces races de perpétuelles immunités et un sort indiYiduel beaucoup plus heureux que celui des autres nations, leur vaut aussi d'être exposées à toutes les embùches du dehcrs, à des destructions de Yilles, à des guerres de l'opium. On ne saurait cependant faire un reproche de nos atrocités et
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