L'IDEE OF. PATRIE EN ASIE-ORIENTALE 2() nus, et pressés jusqu'en leurs corollaires cxtrèrnes par des génération::-. successives, respectueuses de la lettre et de l'esprit des traditions? Je \·ais \"examiner aussi brièvement que possible, en écartant Yolontairernent l'Inde, où les tendances résignées du bouddhisme ont aŒ:libli les vitalités, et où l'ancienne et terrible domination européenne a détruit les spécialités des caractères, et dispersé les consciences des races. Je pourrais bien montrer, malgré tout, !"hiératique pouvoir des brahmes armant jadis toute la péninsule contre !'Anglais, c'est-à-dire dressant !'Hindou contl'e !'Européen, et les Thugs noyant dans le sang les théories sanglantes de leurs ennemis, et surtout l'héroïque Dandoupant - ce anasahib calomnié par l'histoire - réveillant dans un dernier et terrible sursaut - le sursaut du tigre blessé à mort - les races endorlllies sous le léthargique poison d"une religion contemplative. Mais je préforc m'en tenir aux plus probants exemples. La Chine compte aujourd'hui 400 millions d'habitants, dont pas un n'a l'idée de patrie, et dont chacun a l'idée de race. La hiérarchie du pays comprend vingt-deux vice royautés parfaitement indépendanks l'une de l'autre. et ne se rattachant au pouvoir royal que par les cadeaux du nouYel an oriental. Chaque vice-roi est maitre chez lui de son armée. de son administration, de ses finances; il lève et licencie ses troupes. fait la guerre, noue et rompt des alliances. bat monnaie. C'est ce qui fait que, lorsque l'on croit avoir affaire à la Chine. on s'extasie de son peu de résistance; on n'a affaire qu'à une vice-royauté. Ainsi, en 1t36o. le général Montauban n'eut besoin que de bousculer la petite armée de la Yice-royauté de Petcheli, pour \·enir remporter '.;a grande victoire sur le trésor, les laques et les ivoires du Palais d\ité. Ainsi. en 188:;. le général Brière de l'Isle ne trouva devant lui que l'a\·ant-garde de l'armée de Canton; et si le vice-roi du Yunnan - jaloux de son collègue maritime - avait fait avec lui à temps l'alliance demandée, s'il n'avait pas hésité à lever ses mercenaires, s'il a\·ait tergivers~ quinzejoursde llloins pour arriver sur le fleuve Rouge, Dollliné cùt eu le cou coupé à Tuyenquang, et pas un Français ne serait sorti d'lndo-Chine. Le rè\·e de Kongtzeu e-t ainsi réalisé : il voulait son peuple inhabile à colllbattre. de façon à ce qu'il n'eùt ni le goùt ni l'alllbition de la guerrç : car Kongtzeu savait que la patrie nait som·ent un soir de bataille, parmi beaucoup de sang répandu. Administrativement. un Chinois d'une vice-royauté ne fera rien pour le Chinois d'une vice-royauté \'Oisine, ni même dans la même province, ni parfois dans la même Yille. Mais à l'étranger, deux porteurs de longues queues, qui ne se seront jamais \'LIS. seront instinctivement et inébranlablement alliés contre tous ceux qui ne seront pas de leur race. Commercialement. ils n'admettront jamais que des jaunes à leurs bénéfices et à leurs associations compliquées.' Mais entre eux éternellement règnera la solidarité de la tradition et de la couleur. Dans les
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==