CORRESPONDANCE CORRESPONDANCE Lyon, le '.!8 juillet 1893 Monsieur le Directeur tlè l:t R,"1.•11,• Socialisli:, Je viens de lire avec beaucoup d'intérêt et d'attention les deux pre111iers. volumes du « Socialisme intégral ». Je suis heureux d'applaudir à vos nombreux travaux et ne crains pas de déclarer hautement que vous avez jusquïci, bien mérité de la classe m:ilheureuse et déshéritée qui, gr:lœ 21 vous et :1 l:t iégion d'écrivains de talent qui mar-• client sur vos traces, ne peut tarder it ouvrir les yeux, à comprendre enfin ses propres intérêts qu'elle saura faire prévaloir. Dénué de toute prétention, plein de sincérité et de dévouement à la cause de b justice et de l'équité et m'autorisant de l'appel que,· dans l'ouvrage cité, vous voulez bien faire à toutes les bonnes volontés, je viens vous demander la permission de vous exposer succinctement ma façon de comprendre la gr:rnde· Réforme sociale, réforme qui différerait de la votre en un point très impor-- tant. Si vous voulez bien m'accorder un moment d'attention, je vais vous. exposer ma théorie dans ses grandes lignes en quelques mots: Si nous prenons pour point de départ ce grand principe qui doit are la base de la nouvelle société : que tous les hommes sont égaux non seulement devant la loi mais devant la NATURE. je dirai que pour que cette égalité puisse exister effectivement, elle doit exister dès la naissance. Vous ne me contredirez pas si j'avance que la différence des conditions morales et matérielles dans la société a pour source unique la différence de fortune. La question est donc là entière : égaliser les fortunes afin d'égaliser les conditions. Evidemment, il y aura toujours des conditions différentes: cela tiendra à l'imperfection de notre nature, mais faisons au moins cc qui dépendra de nous pour empêcher que ce soit le pur hasard qui préside à notre destinée, faisons.. au contraire que ce s.oit la justice qui y préside, afin que le mérite et la vertu soient récompensis.
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