La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

334 LA REVUE SOCIALISTE imposant a l'animal le moins de souffrances possible; mais il ne les fait pas moins. Pour Pi-oudhon, ce que l'homme doit à son semblable: c'est le respect: c'est-à-dire qu'il doit le considérer comme de même nature, et équivalent.à lui-même, il doit voir dans son semblable un autre luimème, son égal en un mot. Il en résulte que l'homme dont l'àme sera avilie, c'est-à-dire qui se connaitra lui-même comme indigne, n'aura pas de moralité véritable, il méprisera son semblable comme il se méprise lui-même. Nous trouvons ainsi la raison pour laquelle le respect de soi-même est la véritable condition de toute justice. Ce qui nous permettra de faire rentrer les devoirs envers soi-- même dans la morale, tandis qu'en portant de la Pitié, Schopenhauer est conduit à les écarter. Il en sera de même de toute morale qui considèrera \'altruisme comme le fondement de la morale. La différence entre les deux doctrines est considérable. La première maintient l'inégalité des conditions, l'inégalité des droits, elle réduit la morale et la justice à de vagues sentiments de bienveillance qui n'ont rien d'obligatoire, sans donner aucune règle pour le gouvernement des sociétés et pour l'établissement des lois; la seconde, au contraire, nous donne le fondement réel du droit. j'ai essayé déjà de tirer quelques-unes des conséquences de la théorie du respect mutuel et de montrer comment le sentiment de justice qui est plus ou moins latent dans nos consciences. prend une forme précise dans le contrat social, par les lois, les coutumes qui régissent les sociétés et qui deviennent l'expression du droit et du devoir de chacun. j'ai montré comment l'obligation morale naissait de la vie sociale elle-même, laquelle suppose nécessairement un contrat de respect mutuel, sacré pour tous les contractants ( 1). J'ai fait voir aussi qu'elle importance avait,. dans la pratique, ce principe fondamental d'égalité et de mutualité qui constitue l'origine de tout droit et de toute justice. FRABLAN. ( 1) Il est inutile. par conséquent, de supposer, au fond de notre conscience, un impératif cat.:gorique, qui vient on ne sait d'où, pour commander toutes nos actions, ou d'admettre avec M. Paul Janet (la Morale, p. 216). que tout être St doit à /11i-11,éme d'a//emdre a11 plus ba11t degré d'excel/euce et de pe,fec/iou do11t sa 11a/11rest rnsceptible. Obligation qui ne nous apparaît pas clairement et dont, dans tous les cas. nous pouvons nous délier à volonté, puisqu'elle ne concerne que nous-même. M. Janet echappe, par sa définition au formalisme de Kant dont il reconnaît l'insuffisance, mais sa morale devient arbitraire, et elle a, de plus, le défaut de faire dépendre les devoirs envers nos semblables. des devoirs envers nous-mème. Principe d •égoïsme antisocial et faux. Les devoirs envers nous-même dérivent, au contraire, de nos devoiïs .-nvers nos semblables, par ce fait que, d"après notre nature, notre semblable, ne peut pas nous ètre plus respectable que nous-même, de sorte que plus nous maintiendrons haut le sentiment de notre propre dignité, plus celle de notre semblable nous paraîtra respectable: l'égalité étant le point de rencontre commun de l'égoïsme et de la justice.

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