SCllOPENHAUER ET PROUDHON MORALISTES 333 nous c:1sc1gnc qu~ : par la justice, lî10111111esent sa dignit0 tout à la fois en lui-mème et e:1 autrui. Quoique les termes soient différents. on voit que les deux doctrines sont identiques dans leur principe. Proudhon ajoute : " Sentir ,, son ètre dans les autres, au point de sacrifier à ce sentiment tout " autre intérèt, d'exiger pour autrui le mème respect que pour soi- " mème et de s'irriter contre l'indigne qui souffre qu'on lui manque. " comme si le nom de sa dignité ne le regardait pas seul, une telle " faculté semble au premier abord étrange ..... 1' ( 1) Ainsi pour l'un et l'autre philosophe. la morale résulte de l'identification de notre être avec celui de notre semblable, le premier appelle ce sentiment la Pitié l'autre le désigne sous le nom de Justice. Il y a dans cette manière de s'exprimer, plus qu'une différence de langage. Pour Schopenhauer : au premier degré, la Pitié combat les motifs d'intérêts ou de méchanceté et ·me retient seulement dïnf1iger une souffrance à autrui, de créer un mal qui n'est pas encore. de devenir moi même la cause de la douleur d'un autre. C'est ce qui constitue les devoirs de justice. Tancjis qu'au degré supérieur. la Pitié agissant d\me façon positive, me pousse à aider activement mon prochain. c·est la chanté. D'après cette théorie, la justice serait purement négative. elle consisterait à ne pas faire du mal à son prochain et elle ne serait qu'une des formes de la pitié. Remarquons combien cette définition est incomplète à côté de celle de Proudhon résumée en ces termes : " La justice. c'est le respect " spontanément éprouvé et réciproquement gara;,ti de la dignité " humaine en quelque personne et dans quelque circonstance quelle se " trouve compromise et en quelque risque que nous expose sa dé- ~' fense. " ( 2) J'ai déjà fait voir précédem.ment (Revue socialiste du 1 5 février 1892), Morale rép11blicai11c), combien il nous répugnait d'ètre un objet de pitié pour notre semblable. et ce qu'il y avait de choquant dans la doctrine du philosophe allemand qui tendrait à donner la mème règle aux rapports des hommes entre eux, qu'à ceux de l'homme avec les animaux. Les conséquences fàcheuses de ce système apparaissent immédiatement. Car enfin, malgré la pitié que nous ressentons pour les animaux, cela ne nous empèche pas de les tuer, de les manger, de les asservir. Il est vrai que l'homme pitoyable fait toutes ces chose., en ( 1) De ln }11s/iccdn11sln Révo,'u/iou et da11sl'Église. t volume, 2· étude, chapitre VI ~ XXXI. page I ï2. (2) f)e ln }11s/,'ccdn11sln Rév:ilulion el dn11s!'f.glise. 1 volume, 2· étude, chapitre VII ~ XXXIV, page 182.
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