SCHOPENHAUER ET PROUDHON MORALISTES 33 1 SCHOPENHAUER ETPROUDHON MORALISTES <1 ) Voilà deux auteurs qui seraient sans doute fort étonnés de se trouver ainsi rapprochés, car sous bien des rapports ils sont aux antipodes l'un de l'autre. Cependant ils ont au moins un point commun, c'est leur complète indépendance d'esprit; l_'un et l'autre appliquent largement le précepte de Descartes, de considérer comnie non avenue toute notion, de quelque part qu'elle vienne, qui n'a pas subi le controle de la raison. Ils se sont débarrassés de toute tradition. de toute autorité et se sont mis en présence de la vérité nue. Aussi ne faut-il pas trop nous étonner qu'ils soient arrivés à des résultats très rapprochés. quoiqu'il ne paraisse ras .que Proudhon ait eu connaissance des ouvrages de Schopenhauer; il subsiste d'ailleurs entre leurs doctrines des différences notables que nous chercherons à faire ressortir. Schopenhauer, sans s·arrèter aux diverses théories morales qui se sont succédées depuis !"antiquité, examine seulement la doctrin(('de Kant, qui était généralement admise de son temps et qui aujourd'hui encore, est enseignée dans les chaires et dans les traités officiels avec quelques variantes (2). Il montre avec une verve puissante, le vide de -cette fameuse loi morale, de cet impératif catégorique de la raison pratique, il fait voir que ce sont là des· hypothèses sans justification, sans fondement, de pures fantaisies. Il démontre enfin que la morale de Kant manque de toute base solide; que les conceps de loi, de devoir, admis sans justification, sont empruntés à la morale théologique. Schopenhauer rejette absolument la catégorie des devoirs envers nous-mêmes, admise par Kant, par ce motif que ce qui m'arrive par mon fait a toujours mon consentement et n'est jamais une injustice et (1) Dans deux articles précédents, Revue Socialiste 15.fé-vrier 1892, &foralc 7<.épub/1~ cai11e; nous avons exposi les principes de la morale et examiné les conséquences écono:i miques de la nouvelle théorie de la justice empruntée pour la plus grande partie s Schopenhauer et à Proudhon. Le lecteur familier avec les auteurs n'a pas besoin d"autres développements; mais nous pensons que pour les personnes qui n'ont pas entre lemains le livre de la Justice dans la Révolution et dans l'Eglise de Proudhon et le Fon dement de la Morale, de Schopenhauer, il ne sera pas superflu de donner quelques indications sur ces ouvrages et d'en faire la comparaison. (2) Voir le Devoir, de M. Jules Simon et le 'Traité de Morale, de M. Janet.
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