La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA RF.VUE SOCIALISTE les. et pour arracher, aujourd'hui encore, cinq millions d'hommes au jouO'onéreux d'une aristocratie cruelle et rapace. . n Et, afin de perpétuer le souvenir d'une ancestralité commune, le éo·islateur a établi le culte des Ancêtres, si cher au cœur de tout indon . ' chinois, et a prescrit (Siutzeng Vlll), au milieu de la salle de famille, la place qu'occuperait. à toujours, la ,, tablette >' du fondateur de la souche. En effet : ,, Le culte des Ancètres a pour but d'établir solidement ,< la société sur les liens indissolubles de la famille. » (Leki : III, 3) - " Et si ces lois dé1;érissent, les hommes se disperseront dans les quatre " coins du monde, et ne se connaitront plus l'un l'autre. >' (Commentaire de Tchengtze : II) Le troisième Livre sacré, le Giale, ordonne, au solstice d'hiver, une fète du premier ancêtre dans chaque branche de chaque famille. _ Les lois de Gialong - je dirai comment tout à l'heure - tentèrent d'établir un lien hiérarchique entre les souches. d'abolir en partie la puissance paternelle, et, sur sa ruine, d'édifier une patrie. Malgré cela, les Luatle del' Annam, comme les autres livres classiques, apres avoir indiqué les devoirs très stricts des mandarins vis-à-vis de l'empereur, et ceux, non moins stricts. des descendants envers l'ascendant, n'ont pas eu un mot sur les relations entre les sujets et le souverain. comme s'ils acceptaient tacitement la reconnaissance de la réelle indépendance de ces derniers, dans l'intérieur des souches. Bien plus : ,, Lorsqu'un souverain gouverne tyranniquement le peuple, l'histoire nous montre, de loin en loin, surgissant au moment décisif, un homme supérieur, écho des idées de tous, qui déclare que le sou,·erain a perdu le mandat du ciel. Cette fatale excom.munication, répercutée par la conscience publique, suffit pour faire écrouler la dynastie.>' (Luro: le pays d'Annam, p. 91). Ainsi, et en dehors des préceptes politiques de Kongtzeu, destructeurs déjà de tout rassemblement d'hommes formé dans un but égoïste et patriotique, la tradition inde-chinoise dresse encore le pouvoir de la famille, victorieux, en face du pouvoir royal, et substitue l'hégémonie de la souche et du sang à toute hiérarchie, calculée sur un intérêt national, moins général. Ce n'est donc pas ici l'ignorance seulement de la patrie et du patriotisme : c'est la négation hardie, absolue, de toute patrie et de tout patriotisme : à tel point qu'un citoyen de l'lndo-Chine, pénétré de la théorie nationale et ardent à en chercher les conséquences, serait voué à la haine publique, comme traitre à ses lois, à ses ancêtres, et à ses dieux. C2!,1cal été, dans la ,·ie publique des peuples de !'Extrême-Orient, le résultat de ces préceptes. froid~ment donnés, mais strictement mainte-

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