La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

NATURE ET EXF.RCICF. DE LA PROFESSION MILITAIRE 323 :tlL.:ndu qu'il n·a 9u:1 so::louer des habitants. « S'il n'y a rien à faire iô, (C n'était pas la peine de nous déranger» dit le colonel Lefèvre; le kncbnain il incendiait le village :lll moment oü les sélikiens arboraient 1<d! rap<!au tr1- .:olorc pour ft:ter les soldats franpis. Volailles et bestiaux furent vendus au profit des militaires ( 1). En 1890. le capitaino:: Mahmado-Ra.:ino::. attaché à l'Etat-major général, ,:est approprié pour sa seult: part une ct:ntaine d'es.:lavt:s .... Lorsque le co111111andant d'un poste est talonnJ par l'argt:nt. il fait unê rafle générale des be~- tiaux et des céréales sans s'inquiéter des suites (:i). A Massaouah, huits .:cnt abyssins furent assassinés :i diverses reprises, d':iprès l'ordre du commandement militaire, p:ir le lieutenant Livraghi. Le général Baldissera l'avoua dev:111tle tribunal qui a..:quitta le lieutenant. Le général Oruo prétendit que (C n'était là que l':ipplication de la loi militaire en temps de guerre (J ). Dans le Congo belge, M. Vankcrd1oven, commandant l'expédition. fit en décembre 1801 fusiller des arabes prisonnier~. 1800 dit une dépêcht:, une dizaine dit le rapport officiel. L'ivoire fut razzié au bénéfice de l'Et:it du Congo, Les arabes, selon la dépè..:hc, étaient p:i..:ifiqucs; scion le rapport officiel du lieut..::nant belg.: Ponthier, ils razziaient les noirs (.1). Ces quelques faits symptomatiques montrent que l'esprit de rapine et la sauvagerie si répandus parmi les soudards d'autrefois subsish!nt vivaces dans les armées d'aujourd'hui; les meurtres, les vols, les viols les incendies d'antan se reproduisent maintenant, attestant ainsi la routine de l'esprit humain malgré les indéniables progrès qu'il a faits. Cette reproduction de phénomènes semblables en des temps ditTérents. encore que la sensibilité se soit accrue et aussi la moralité, prouve l'influence exercée par le milieu collectif sur la mentalité humaine. La guerre aguerrit les individus qui y prennent part, dit-on couramment et de cet aguerrissement fruit de l'œuvre sanglante naissent nécessairement les actes sanguinaires, dont nous venons de citer des exemplestypes. Suivant la définition du crime, par nous donné (5), la guerre est un crime : le philosophe doit· réprouver ce crime. mais il doit aussi constater que quelquefois elle s'impose, que l'homme pour se défendre contre les agissements criminels d'autres hommes est obligé d'agir criminellement. C'est cette utilité de la guerre défensive qui nous a empèché d'aller chercher nos exemples dans les faits de batailles; nous sommes allés les quérir dans les phénomènes suivant les combats. Les actes dont nous avons rapporté quelques spécimens, sont inutiles, souvent nuisibles non seulement à l'individu-acteur, mais encore (1) Hamon. L. C. année 1891, p. 683. (2) Capitaine Peroy. - Att S011da1f1rauçais. (J) Journaux de mars et Novembre 1891. (4) Matin 21 et 22 mai 1892. (5) Arcbfrcs d'..Autlwopolog:ecri111i11ellc. Mai 1893.

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