La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

NATURF. ET EXF.R.CICE DE LA l'l~OrESSIOl-1 ~~ILITAll,E 321 « 12 octobre. - _Biendor111ichez le curé, 111:ilgrJl'infernal tap:igc des hommes qui hurlent clans les rues. j'ai passé la matinée il faire clcs recherches dans les 111:iisons,et ï:ii trouvé d'assez jolies choses, entre autres une pipe superbe et un bon fusil chassepot que j'ai soigneusement empaquetés. Hier mon ordonnance m·a apporté cieux couvertures de laine. Je viens de réquisitionner pour mon propre compte. J\1i emporté huit bouteilles de bon cogn:ic, du vin, du chocolat. du sucre et du c:ifé. Avec tout .:ela, on peut marcher. 011 a fait s,1111.r dn,x •1iai',011~, 1n11' 1'11/r,· autre oit ,,, frouvafr11t drux j1•u11<'s filhs. « Nous nous sommes conduits, dit-il, com1ne des chen:ipans. Mais :1 notre place, les Fran(ais en aur:iient peut-être fait pis encore. >> Un officier de rexpédition du Tonkin écrit : « j':ii fait main basse sur les pipes, les t:isses (les annamites étaient juste111ent en train de prendre k thé) et sur tout cc qui èt:iit :1 ma conven:rnce ... j'ai aussi 111isla m:iin sur un joli fusil et sur une bnce i1 propos de lJquelle j'ai été bien pr~s d':ivoir une histoire de partage si je n':ivais prévenu d·une h:ille le propriétaire de l'outil (1). » D:rns les g:izettes des 1 'l et :20 janvier 1802 était insJrée une note officielle préven:int que le Minist~re de la M:irine all:lit proc.fder it une distribution des parts de butin :ifférentes (1 chaque militaire qui, du 2=, :ivril 1882 au 17 octobre 1884, av:iit assisté à divers combats ::iu Tonkin. La quotité qui revenait à chaque soldat v::iriait de o fr. 14 :1 108 fr. 4 '. Les lieutenants et sous-lieutenants avaient droit à trois parts, les capitaines ?t qu:itrc, les offi.:iers supérieurs i, cinq, le commandant de b rnlonne :i six. Après le vol et le pillage relatés en ces qu~lques faits pn:; entre mille, citons quelques exemples dt: sauvagerie (2). Le 24 mai 1796. le bataillon sous les ordres de Lannes <:ntrc au pas de .:harge dans Binasco ... Les maisons ~ont env:ihies. Dans la première, en entrant, trois ouvriers étaient en train d~ prwdre leur repas; ils sont percés de vingt coups de baïonnette ... C'est la chasse :i lï10111mcdans tout cc qu'elle a de plus poignant. .. L:1nnes ordonne de mettre !.::feu dans toutes les rues sans exception. (;) La je~rne femme d'un offi.:ier ~nnemi etait ,:chue e11 partage à Masséna. 11 s'était ::iussitôt enfermé avec elle dans une maison de Dégo où cette part de butin lui avait fait négliger les pré.:autions nécessaires (4). A Dégo, les Autrichiens se ruèr.:nt sur des hommes endormis et rendus hébétts par leur profonde ivresse(:;). (1) Hamon, année 1890. P. 208. Tome Il. (2) Si on voulait relater tous ceux complaisamment énumérés dans les mémoirl'S descriptifs de guerre et de conquètcs dans tous les temps et par tous les peuples, il faudra:t des volumes. Cette sauvagerie a été intensivement représentée par M. A. Binet dans un t.blcau que nous avons vu au Salon du Champ de Mars en 1893. La Mêlée, tel est le titre de cette page militaire montrant des marins français cbargcai.t des soldats prussiens. On dirait de sauvages vociférant, hurlant; c· est horrible. ()) Trolard, 1. c., p. 16S. (4) Lieutenant-général, comte de Ségur, Mé111oirrs. - Cité par Trolard. (,) Le père Piuma, aumônier autrichien. Récit historique de la campagne de Bonapart' en Italie p~r un témoin oculaire. - Cité par TrolarJ. '.!I

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