LA REVUE SOCIALISTE veau de l'obscur soldat, réserviste. territorial, la ,·eille encore civil! On pourrait objecter que si, en effet, il en est ainsi en cas de guerre européenne, le même raisonnement ne peut s'appliquer aux professionnelsmilitaires qui vont conquérir des contrées exotiques. Ils vont là-bas. pense-t-on généralement, risquant la mort rapide dans les combats, la mort lente par les maladies et tout cela ad 111ajorep1a1t1riœ gloria 111. Cette croyance est purement le fruit d'une étude superficielle des faits. Le but de tout homme est de progresser dans la carrière qu'il a adoptée : par suite, dans la carrière militaire, son but sera de monter en grade. Les expéditions coloniales sont des plus propres à ce résultat. Le passage ~uivant, dù à M. Du Casse, ancien capitaine d'état-major, éclairera étrangement la question. « Pour amener Saint-Arn:rnd à Paris comme général de division, il fallait le grandir, k faire passer pour un foudre de guerre. CoP1111epour faire la guerre il faut des ennemis, 011 résolut de chatouiller les Kabyles et de lui donner k commandement de la colonne. Ainsi fut-il fait : lès Kabyles furent atteints et convain.:us d'agitation ..... On leur fit savoir qu'ils étaient en pleine révolte ... Afin de bien faire comprendre i1 la Nation française de quelle gloire se couvrait Saint-Arnaud, de pompeux bulktins de victoire furent rédigé~ :1 1':1vancc (1). » Dans ces conditions il est naturel que les officiers les plus ambitieux, ceux qui aspirent aux grades supérieurs ou qui préfèrent la vie en campagne à celle de la caserne, aillent volontiers dans les expéditions coloniales au risque d'y trouver la mort. Ils agissent de mème que les reitres moyennageux qui risquaient leur existence pour un salaire et les agréments de leur métier tout de pillage. II n'y a là trace d'aucun sentiment altruiste pour la collectivité. En somme la profession militaire est un métier tout comme un autre, exercé tout comme les autres. Cela est si nai que le général baron Frédéricks, attaché militaire à l'ambassade russe en France. dans son allo.:ution, lors du banquet terminatif des manœuvres françaises de 1891, au nom de tous ses collègues les attachés militaires étrangers - et parmi eux des allemands - dit : Notre présence ici est une pr,·11·ï.'<' d,· la ,olid.1ril,: q11i 11011s 1111it Lou~ d:111~ l'étude de notre beau métier des armes. Au 11011d1e mes collègues, MM. les :1ttad1és militaires étrangers. je porte un loa~t cbak11rmx :tu ministre de la Guerre. etc. (2) ». C'était parler comme auraient parlé des industriels, des commerçants, dans un banquet corporatif international. C'était montrer, à tous ceux qui réfléchissent, que " le beau métier des armes >' ne diffère en rien des autres métiers, n'est pas plus élevé qu'eux. (1) Les Dessous du Coup d't,rat. Page ,:;-n. Paris 18()1. (2) Hamon. L. C. année 1891, page 46j.
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