NATURE ET EXERCICE DE LA PROFESSION MILITAIRE 3 1 'r lui faire donner des command:!s de l'Etat. Ainsi accusé p:ir 1:t voix publique. le lieutenant-colonel Périsse ne tenta aucunement de se disculper par uneaction en cour d'assises, où la preuve est de droit. En 1891, M. Brisson, au nom de la commission du budget, déposait un rapport qu'on peut trouver dans les documents parlementaires (annexe du Joumal offici.:I). En l'étudiant. on est stupéfié par l'extraordinaire gaspillage qu'il révèle dans les constructions de navire. dans les achats de toute sorte concernant la défense nationale (section de la marine). Les auteurs de ce gaspillage sont des officiers supérieurs ou généraux (1). Parmi les aciministrateurs français d'une sociét<! anglaise, vendeuse d'engins de guerre à qui veut, se trouvent, au dire de l'Action (29 janvier 1892), le général Thoumas et l'amiral de Jonquières. Dans l':iffaire des fusils juifs, qui fit tant de bruit outre Vosges, un complice de l'industriel Lœwe était le lieutenant-colonel Kuehne; il y avait aussi d'autres officiers compromis (2). L'armement, au dire d'un général russe, n·est fait que pour enrid1ir des. industriels et des officiers (J), Ainsi en mai 1892, le Matin, publiait une dépêche d'apr~s laquelle M. Lœwe avait acheté des officiers espagnols pour obtenir la fourniture des fusils de l'armée espagnole. Masséna, Augereau, en donnant leur démission au milieu d'une guerre; de Moltke, en combattant contre sa patrie natale; les officiers français, anglais, allemands, en louant leurs services à une nation étrangère; le général Ladrncat, en se faisant le complice d'un espion ; la direction de l'artillerie, des constructions navales, en gaspillant les fonds afférents à la défense nationale; le colonel Kuehne. en aidant M. Lœwe à frauder le gouvernement allemand, etc .. agissaiei:it aussi peu patriotiquement que possible, montrant ainsi qu'ils n'avaient aucune conception du dévouement à la patrie. Ces quelques faits symptomatiques révèlent que ce n'est point par patriotisme que le professionnel militaire exerce sa profession. Elle est pour l11iun métier qui le fait vivre et en même temps acquérir, qui de la gloire, qui des richesses, qui des honneurs. On est militaire-professionnel comme on est industriel, financier, par intérêt personnel, sans qu'intervienne l'idée de dévouement à la patrie. D'ailleurs, en temps de paix, la patrie est bonne fille pour ces professionnels ; elle les entretient sinon luxueusement au moins suffisamment, sans qu'ils aient beaucoup de travail à faire. En temps de guerre, les professionnels sont noyés dans la masse des militaires par obligation, et ces deux genres de soldats se dévouent autant l'un que l'autre, le premier ayant l'espoir d'acquérir de la gloire et des honneurs, ce qui ne hante guère le cer- (1) Hamon. L. C., année 1891, p. 691-694. - Dans le }tuf de la 111ari11e, par M. Paulin Masson,ingénieur de la marine en retraite, on trouvera des faits confirmatifs. de ceux signalés par M. le député Brisson. (2)Journaux de décembre 1892. (J) Hamon, L. C., année L891, p. 657.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==