La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

I.'IDÉE DE PATRIE EN ASIE-ORIENTALE ,, de lui, il gouverne le monde par la grandeur de son désintéressement. ,< Ceux q~•i viennent ne sont pas repoussés; ceux ql!i s'e11vont, ne s011t ,< pas poursuivis. Mais lorsque l'association n'a pas été basée sur ces ,, principes, le résultat doit être malheureux. >' (Commentaire de Kongtzeu, 803, passim.) Ainsi : ignorance du droit héréditaire, don de la puissance au plus sage - moyennant certaines conditions de perfection, et sous nécessité d'aspirer au groupement désintéressé de l'univers - telle est la conception gouvernementale de Kongtzeu. C'est la seule qui ait jamais été exposée en Chine. Pour qui ·connait les formules modérées et les expressions abstraites dont les philosophes chinois enveloppent toujours leurs théories et leurs dogmes, les passages que je viens de citer, comptent parmi les plus énergiques qui nous aient été transmis; ils contiennent la condamnation sans appel du gouvernement absolu, de la royauté par la force, de l'enrégimentement des hommes sous divers étendards, en monarchies séparées et hostiles, et par conséquent de toute patrie et de tout patriotisme : à tel point que l'opinion qui y correspond n·a pas reçu de nom ni de caradère idéogrammatique dans la langue et dans l'écriture des lettres. Tous les livres de la Doctrine chinoise, le Yiking et le Tao en tète. faisant partie intégrale de la science orientale, l'lndo-Chine participe pour sa part aux enseignements de Fohi, de Laotseu, et de Kongtzeu. L'administration par les intellectuels et les sages, le groupement dans le seul but de la paix intérieure y sont donc des principes respectés et mis en pratique - ou tout au moins en essai. Mais, gràce au tempérament de la race, essentiellement agricole et campagnard, (le tempérament chinois étant citadin et trafiquant) un dogme patriarcal s'est surajouté aux enseignements des philosophes de l' A11c1c1u1c Etude. La famillt:: est constituée là de la façon la plus unie, et la puissance paternelle y paraît la seule respectable. Comme conséquence imm~diate de ce dogme, le pouvoir du souverain - souverain purement de parade - s'arrête où commence le pouvoir du père : la famille. respectée et prolongée jusqu'en ses derniers rameaux, devient une tribu, et c'est cette tribu, qui, unie par le seul lien vfritable qu'il y ait au monde, le lien du sang, forme l'entité administrative, judiciaire et politique, que l'aïeul, chef de: la souche, domine, hiérarchise et régit. Cette extraordinaire conception - qui se rapproche de celles qu'Ovide prêtait au fameux Age d'Or - n'est pas un mythe. Elle a existé réellement ; et, si les rois indo-chinois de la dernière race ont tenté de détruire cette solidarité unique du nom et du sang, il en reste cependant de5 traces assez sérieuses pour avoir nécessité des codifications spécia-

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