La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

I.E CONGRES SOCIALISTE 1:-ITERNATIONA!. OE ï.URICII )O(J les plus graves. cha.cun se sentait le cœur à l'aise et s'abandonnait au bercement du bateau qui doucement a\·ançait sur les eaux bleues du lac, sous un ciel pur de tout nuage. Le débarquement dans l'ile d'Ufenau fut un spectacle particulièrement réjouissant. A ce moment. il n\ a\'ait plus de Français ni dt: Prussiens; par contre, le beau s.:-xese retroll\·aiL jetant bas le masque de congressiste. On redevenait des ètres humains. memli:·es d'un: grande familk. ~1 qui la nature verse généreusement ses dons et ses merveilles. les invitant à s·asseoir fraternellement et joyeusement à la tabk commune. Au banquet du soir. on put se régaler pour 2 fr. 50, de force nouveaux discours qui commencèrent aussitot après le potage et se continuèrent longtemps après le-dessert. Impossible de les mentionner tous. Je me bornerai à signaler celui de M. Smith. délégué anglais. dont l'éloquence prit un tour pratique que chacun fut en mesure d'apprécier. Au nom de la délégation anglaise. il offre. enveloppé d'un joli 111adrigal à la mode britannique. une montre d'or de Suisse, à Mme Aveling, l'infatigable et habile traductrice. Le citoyen Caumeau épuise un ,·ieux fond d'amertune que k Congrès lui avait laissé dans le cœur. - Nous, Français, dit-il. nous aimons à célébrer les morts plutot que les vivants. Non seulement comme délégué. 111aiscomme membre du Conseil municipal, c'est-à-dire comme membre de la petite Commune, je porte un toast à la Grande Commune et à ses martyrs. On oublie trop que les proscrits de la Commune. en se répandant dans les deux mondes. y ont porté la science féconde du socialisme. -Personne ne l'oublie, réplique le citoyen Smith: personnellement. je ne l'oublierai jamais. C'est en lisant les évènements de la Commune que mon esprit s·est formé. j'ai appris le socialisme par la bouche des canons de la Commune. Ces paroles du délégué anglais, \·enant après la délicieuse promenade sur le lac de Zurich achèvent de me désarmer. J'ai partagé les passions et les rancunes de mes codélégués et m'en suis fait J'interprète. Mais maintenant. en rentrant chez nous. la parole est à la froide railon. Qj1e nous enviions aux socialistes allemands leur puissance et leurs succès, c'est un sentiment qui n'a rien de répréhensible, à condition de nous servir de stimulant. Q!ie nous critiquions leurs procédés et leur méthode d'action, c'est notre droit, à condition de prouver que nous sommes capables de mieux faire. Nous avons fait la Révolution, nous avons fait la Commune. Nous

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