La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE Laissons donc les Indépendants se débrouiller s'ils le pem·ent. Mais en dehors de leur galimatias. il est un fait à considérer. c'est ! 'attitude prise à leur égard par le Congrès. Puisque les lndépendimts se déclarent eux-mêmes anarchistes. il y avait simplement à les éloignc:1· comme tels et tout le monde aurait compris. Le tort a été de recourir à des moyens inutiles et susceptibles d'une interprétation rétrograde. En \'Otant l'amendement Bebel, on a paru dire: - Nous n'admettons comme action politique que l'action p:lrlementaire et nous réclamons l'expulsion des Indépendants qui croient à l'action ré,·olutionnaire. Ça a été une faute inconce\'able de présenter une telle proposition à laquelle. non pas seulement des socialistes révolutionnair~s. mais de simples r~publicains, lorsqu'en France ils corn battaient l'empire. auraient refusé de souscrire. Aussi les protestations n'ont-elles pas manqué de pleu,·oir, les unes modérées. les autres excessi,·es. mais toujours ayant une apparence de raison. Le lendemain, Voldcrs le premier dénonçait la manœuvre exécutée la veille pour "escamoter•> le débat. Domela Nienwehuis demandait que l'assemblée revint sur son ,·ote. ,, Sinon. ajoutait-il, la d,;vise qui est sur les murs: prolétaires dll 111011cd1c1tia, l!nissq-vo11s" n'est plus qu ·une parole \'Ïd~ de sens. li ne ,·ous reste plus qu'à la faire disparaitre et à jeter un \'Oile sur l'image \'énérée de :::onauteur. >' Prenant la défense des "jeunes" allemands, Cipriani s'exprimait a111sidans un manifeste: " Ce drapeau rouge autour duquel vous vous groupez, a été pris sur un monceau de trente-cinq mille prolétaires français, égorgés par les républicains autoritaires de Versailles, morts pour la liberté de tous, pour le bien-être de tous. Le socialisme de nos morts n'exclut personne; il signifie union et non pas diYision, amour et non pas haine, liberté et non oppression.>' En prenant possession de la présidence de l'assemblée, P. Argyriadès tint un langage analogue. Il commença par rappeler à ceux qui l'oubliaient que, quoi qu'on fasse. on ne supprimera pas de l'histoire le passé socialiste de la France, on n'empêchera pas que ce ne soit elle qui, par le génie de ses novateurs et par le sang de son peuple, a jeté la semence de l'idée qui aujourd'hui emporte le monde. L'orateur se défendit ensuite de toute compromission anarchiste. Sans aucun doute, les hommes qui repoussent toute organisation ne sauraient ayoir leur place dans un Congrès international.

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