La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

300 LA REVUE SOCIALISTE ouniers. ainsi que ceux des partis et associations socialistes qui reconnaissent la nécessité de l'organisation ouvrière et de l'action politique. 1• Cet article avait suffi jusque-là pour atteindre le but visé, c'est-à-dire l'expulsion des anarchistes. Mais il ne suffisait plus aux socialistes allemands. désireux de se débarrasser des indépendants aussi bien que des anarchistes. En conséquence Bebel proposait un amendement dont je donne la traduction officielle en lui laissant son style assez barbare: ,< Par action politique, il est entendu que les partis ouniers emploient tous leurs efforts à utiliser les droits politiques et la machinerie législative (corps représentatifs, législation directe) en vue des intérèts du prolétariat et de la conquête des pouvoirs publics. >> Cette définition étroite de l'action politique marquait un recul et on ne pouvait l'accepter sans renier la tradition révolutionnaire. Les délégués français saisirent ce terrain pour engageï la bataille. Ils luttèrent avec énergie, sans du reste entrainer lë majorité. L'Italie monarchique, l'Autriche qui possède un gouvernement presque absolu se rangèrent avec ensemble à une proposition qui ne leur 1aissait d'autre ressources que l'utilisation d'une sorte de « machinerie législative.» La France resta seule avec la Belgique et la Hollande. Sa défaite lui fait plus d'honneur qu'aux autres leur victoire. En réalité. il est à croire que les nationalités qui ont voté c< pour » n'ont pas bien su ce qu'elles faisaient: car j'ai pu constater après coup que personne dans la salle ne connaissait exactement le texte de l'amendement Bebel. On ignorait notamment que les Polo1::1is avaient pu au dernier moment le faire modifier, en faisant suivre le mot« utiliser>> des mots« ou chercher à conquérir>-'. Ç'a été un vote de surprise, obtenu par étranglement de la discussion. L'intention était si évidente que l'article ne fut même pas lu, avant le vote. dans son ensemble, et qu'après le vote. quand je demandai~ qu'on réparàt cette lacune afin que rassemblée sùt du moins ce qu'elle avait voté, on décida de passer outre. ** Ce premier vote important mit en lumière J'influence incontesta_ table exercée par une nation, l'Allemagne, sur les autres nations, et par un homme, Bebel, sur l'Allemagne. Un geste de celui-ci était un ordre toujours obéi et la docilité s'étendait aux tables voisines. qu'occupaient l'Autriche. la Suis~e, l'Italie, etc. La discipline ne me déplait pas, à coup sùr: encore faut-il qu'elle ne s'emploie pas à étoufîer les débats, et fermer la bouche aux contradicteurs. Le Congrès de Zurich est la consécration de l'hégémonie allemande. Nous pourrions nous incliner devant cet arrêt du sort, si l'idée socialiste en sortait agrandie; est-ce le cas? Eeaucoup l'ont compris autrement.

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