LE CO'sGRÈS SOCIALISTE INTERNATIONAL DE ZURICH 299 Nous avons vu qu'on avait poussé \'oubli de sa présence jusqu'à ne pas lui donner fa parole à coté de l'Italie et de l'Allemagne. dans la fète inaugurale. Ce premier symptôme, fort cruel pour une nation dont la loquacité est connue, n'était que le commencement d ·une série d'autres procédés analogues. Nous voici à la porte du Congrès. La foule est grande des profanes qui n'étant pas munis d'une carte de délégués, ont soif néanmoins de notreéloquence et voudraient bien assister à nos débats. Nous traversons une première salle où se trouve un étalage de brochures socialistes : enfin nous franchissons la porte de la vaste enceinte où déjà les délégués ont pris place. Le spectacle en est vivant et pittoresque. En face, le bureau émerge comme d'un massif de verdure et tout le long des colonnes et des cintres courent des guirlandes de feuillage. Sur l'estrade, des trophées de drapeaux et de bannières ; derrière. des gradins sur lesquels s'étage une foule pressée, où les corsages des citoyennes marquent leurs teintes claires, semblables aux paquerettes et aux coquelicots dans un champ d'épis. Au fond, dans un pli du drapeau rouge. le portrait de Karl .',larx, peint par Mlle Greulich. Jaais en train de l'admirer - car il est très réussi - quand j'entends auprès de moi la voix d'un délegué français. -Pourquoi Marx tout seul? Est-ce que nous, Français, nous n'avons p1s aussi nos grandes figures révolutionnaires? C'est trop nous montrer que l'Allemagne est tout ici et la France rien. C'est aussi faire injure à Marx de supposer qu'il ne se gloriÎlerait pas d'a\'Oir Blanqui à son côté. Décidément, il y a de l'orage dans l'air, et dès lors chaque incident Yiendra ajouter un nouvel aliment aux passions surchauffées. S'agit -il de choisir le bureau. un anglais commet l'imprudence de dire: - Les délégués français ne représentent pas la majorité du prolétal'iat organisé de leur pays. Des protestations véhémentes suivent cette parole malheureuse. - C'est un parti-pris de traiter la délégation française comme une quantité négligeable, .. Si l'on continue ainsi, nous nous retirerons tous -du Congrès. Les Français font un boucan assez nourri, ressource suprême pour témoigner de leur présence. Des mots désagréables s'échangent. La guerre, pour s'allumer sur toute la ligne, n'attendplusqu'uneoccasion. Elle va se présenter à propos des conditions d'admission. Le Congrès de Bruxelles ( 1891), avait voté une disposition ainsi ,conçue : « Sont admis au Congrès tous les syndicats professionnesl
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