La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE contradiction singulière. ce sont ces derniers dont les susceptibilités sont le plus facilement surexcitées. Combien seraient malheureux ces l1ci111altosc sïls étaient pris au mot! Dès que nous entrons en contact, Allemands et Français, resteronsnous donc toujours, vis-à-vis les uns des autres, comme des vainqueurs et des vaincus? Dans nos relations individuelles. nos angles peuvent s'arrondir; mais aussitot que nous formons groupes, l'esprit national se réYèle raidissant toutes ses aspérités, et les mots grincheux partent tout seuls, d'instinct. L'internationalisn1e est sur nos lènes; niais un vieux levain de chauvinisme reste dans notre sang. à nous tous français et allemands. C'est désolant, mais c'est ainsi. Dans cette circonstance, il faut bien reconnaitre au surplus que les provocations ne sont pas venues de notre coté. Au lieu d'apaiser les préventions naturelles à des Français 'qui pénètrent sur un sol allemand où la langue, les coutumes, la pensée, les allures, les goùts sont allemands, il semble qu'on sç soit proposé de persuader à la France que Sedan avait effacé son prestige, et qu'en dépit de son passé révolutionnaire, elle ne comptait plus, même aux yeux des socialistes, devant l'hégémonie allemande. L'ours de Berne - je me permets d'emprunter cette figure au Yocabulaire helvétique-n'avait pas attendu le Congrès pour nous faire sentir la lourdeur de son toucher. En vain les organisations françaises s'étaient adressées à la Commission Suisse, chargée d'organiser le Congrès, pour appeler son dttention sur la situation particulière qui leur était faite par l'ouverture de la période électorale, et pour solliciter un changement de date. La Commission d'organisation passa outre, encouragée par le silence des partis socialistes étrangers. C'était mal reconnaitre le service, récemment rendu par le parti ouvrier français. qui, informé que les organisations anglaises se proposaient de faire un Congrèsà part, aYait mis tout en œuvre pour les faire revenir sur leur décision. C'était aussi éveiller le soupçon, que les socialistes suisses n'étaient pas encore suffisammen: dégagés de tout préjugé pour ne pas ressentirdans une certaine mesure les rancunes nationales, déchainées par les sottes mesures douanières de notre gouvernement. Nos ami.s d'Allemagne auraient pu intervenir pour empêcher une décision qui tendait à l'élimination des représentants du prolétariat français. En s'abstenant, ils ont pu faire croire qu'ils n'en étaient pas fàchés pour la réussite de leurs propres plans. 'Dailleurs, dès le premier moment, chacun fut sous cette impression, qui dura jusqu'à la fin,que la France était considérée comme absente, .que sa délégation ne comptait pour rien.

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