La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LE CONGRÈS SOCIAI.ISTE l"lTERNATIONAL De: '.'.UillCl-1 297 camion. Les drape~ux se rangent en ligne, les sociétés prennent place sur les gradins. Les discours commencent. Ici se fait sentir un premier souffle de discorde. AprèsM.Greulich, :;ecrétaire ouvrier, qui déclare que les représentants du prolétariat uniniversel sont les biem·enus sur le sol libre de la Suisse, apr~s M. Hobson qui parle au nom de l'Angleterre, la parole est à notre ami Volders, désigné comme orateur de langue française. li s'acquitte de sa bche avec beaucoup de tact et d'éloquence. Mais Yolders n'en est pas moins Belge. La France conquise par la Belgique! Le peuple qui a semé la révolution par le monde, rayé d'un trait de plume par le comité suisse d'organisation! Comment ~upporter pareille injure? Bebel pour l'Allemagne et Turati pour l'Italie parlent encore. Puis le cortège traverse la ville dans le mème ordre qu'auparavant, au milieu du bruit des fanfares et des chants révolutionnaires. On se disperse enfin dans les bicrbalfe pour y trinquer vaillamment i, la sociale. * ** Le lendemain, descendant vers la Tonhalle, siège du Congrès, je passai devant une maison dont la large façade était agréablement décorée de Terdure et de drapeaux écarlates. Au milieu, une grande image, représentant une femme avec un drapeau rouge à la main : dans les plis ces mots : Freibcit, Gfeicbgeit, BmderficiJl?eit (Liberté, Égalité, Fraternité). De chaque coté, les portraits des maitres du socialisme allemand, Lassalle et Karl Marx. Au-dessus de l'entrée principale. cette autre inscription : Arbcétcr vcrein" Ei11rac IJt" (société ouvrière: \'Union). Et partout, le long des frontons. vingt fois répétés, le fameux cri de ralliement légué par Karl Marx aux générations à venir : ,< Prolutnires de tous lespays 1111is?s_è-'vo11s . 1 ,, ou encore des devises comme celle-ci : • Die Arbeiter sind der Feld, n11f 1.l·clcbe111, die Kirc1Jeder z.11lw11gftebailf ..verden soli. (Les travailleLÎrs sont le champ sur lequel l'église de l'avenir sera construite). Je m'arrêtai un instant devant cette façade pittoresque où nos frères, les Suisses allemands. avaient répandu tout ce que leur cœur et leur esprit renfermaient de bons sentiments et de bons principes. C'était fort touchant et pourtant, 011 était porté à se demander :·«Ces mots d'union, de liberté. de fraternité, œs protestations d'entente et d'harmonie universelles sont-ils vraiment entrés déjà dans les mœurs ou ne sont-ils encore que l'expression d'un vœu d'une réalisation plus ou moins lointaine?» Chaque jour, nous réclamons l'abaissement des frontieres; parmi nous il en est que n'offenserait pas le titre de sans-patrie. Et par une

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