La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LE CONGRÈS SOCIALISTE INTERNATIO 'AL DE WRICH 295 Les manifestations de la rue y sont si naturelles et s'y déploient a,·ec une si complète liberté qu'elles sont accueillies par la population comme des solennités publiques. Il y figure un tel déploiement de bannières et d'oriflammes. de couleurs et de décorations, que ce voyant, nous nous croirions facilement en carnaYal. Chacun porte une écharpe en sautoir, une plume au chapeau. tout au moins un ruban ou une médaille à la boutonnière. Les cortèges défilent, au son des fanfares, sous le commandement des chefs les plus autorisés de la sociale démocratie. Aucun symptàme de l'esprit ::inarchique ne se mêle, d'ailleurs, à ces épanchements. Chefs, gymnastes, fanfares et le reste obéissent à un programme où tout est minutieusement prén1. Quiconque prétend s'en écarter est un trouble-fête et traité sans la moindre considération. En cela, c'est l' Allemand ·qui parait. ayec ses instincts de tfücipline et d'obéissance, son amour de la règle - cette chose intolérable au caractère français. A ces diversités de tempérament, d'état d'esprit et d'habitudes. ajoutez d'autres éléments formellement antagonistes : l'amour-propre irréductible, la susceptibilité toujours en éveil chez les uns, l'esprit de domination parfois brutale, la rigidité militaire chez les autres; et ,·ous comprendrez que des électricités aussi diftérentes ne peuvent guère s'aborder sans décharges bruyantes et sans secousses plus ou moins rudes. La fète, je veux dire le congrès. s'ouvrit le dimanche 6 aoùt. par une promenade solenneUe. Les feux d'un soleil éclatant se jouaient dans les plis flottants de drapeaux. aux cent couleurs. Fanfares et pelotons de tambours séparaient les divers groupes. J'ai compté jusqu'à vingt Sociétés de musique, dorit une appartenait à l'armée. Quel renYersement de toutes les idées reçues ! Une musique militaire dans un cortège socialiste ! En tète, les gymnastes, et, devant eux, le citoyen Greulich. avec sa physionomie grave de professeur allemand, conduisant tcut le cortège. Dans l'interminable détîlé, composé d'au moins dix mille j)ersonnes, toutes les corporations étaient représentées, depuis les jardiniers jusqu'aux métallurgistes, tous en tenue de travail plus ou moins fantaisiste, avec les attributs de leur profession : le forgeron. en manches de chemises et tablier de cuir, portant sur ses épaules d'énormes marteaux que je suppose en carton ; le boucher, en veste rouge et tablier blanc, le couteau et le « fusil >> au côté, etc. Çà et là de grands transparents symboliques ou des cartels

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