294 LA REVGE SOCIALIST[ LE CONGRÈS SOCIALISTE INTERNATIONAL DE ZURICH Zurich, 14 août 1893. Nous sommes ici en Suisse et aussi en Allemagne. Il faut nous en féliciter ; car nous devrons trouver beaucoup de choses à apprendre dans un pays où, à première vue, tout semble le contre-pied de ce que nous voyons dans le notre. En France. nous sommes obligés d'enfouir nos moindres manifestations de tribune dans un lieu hermétiquement clos et couvert. Il nous est impossible d'exhiber un lambeau d'étoffe rouge sans nous exposer à une répression sévère. Il y a quelques années, sous un ministère opportuniste, un congrès socialiste a pu se tenir à Paris, sans ètre inquiété ; mais aujourd'hui, sous un ministère radical, nous serions condamnés à délibérer sous la pression des baïonnettes. Aussi contractons-nous, à'ce régime, de déplorables habitudes qui, transportées à l'étranger, font un contraste bizarre. Ne pouvant parler librement de choses sérieuses, nous nous dédommageons en prenant de grands airs pour parler de choses insignifiantes. Nous dépensons notre tempérament dans une agitation stérile; nous remplaçons les raisons par la mimique et par l'accent. Chez nous, cela passe; mais quand nous arrivons au dehors, le Yerbe haut, la période gonflée et le geste emphatique, cassant les vitres pour étirer nos nerfs, ne pouvant demander une demie ni même un quart sans prendre une attitude révolutionnaire, à vrai dire, nous faisons un effet un peu comique. En Suisse, on sait dire des riens simplement, et mème des choses sérieuses. Les nerfs sont calmes, et la révolution a des allures tranquilles. Le drapeau rouge est entré dans le commerce ordinaire et ne sert plus aux fins de périodes oratoires.
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