La Revue socialiste - 1893 - Tome XVIII - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE manisme, ennobli Je naturalisme des Birmans, réalisé en des images le culte des ancètres de l'lndo-Chine, et arrondi les angles un peu marqués du mystérieux Tao de Laotseu. Le cosmopolitisme de la seule morale qui existe chez les peuples jaunes est une prell\·e, autant de l'individualisme des hommes que du non-particularisme des nations. Et, pour des peuples d'un aussi grand fonds de religiosité que ceux-là, l'oubli volontaire du terme de patrie dans les seuls traités généraux qui puissent s'appliquer aux actes journaliers, est la négation même de tout patriotisme. Ce signe, qui, en d'autres pays de connaissances plus déductives et de tendances plus matérialistes, serait à dédaigner, doit être ici soigneusement retenu. Car - pour prendre d'abord en exemple le peuple le plus nombreux de l'Asie, celui qui fut sans doute la souche originelle, les Chinois - toute la science est, pour eux. réduite, conde1~sée dans les Livres sacrés - les Ngukinh -, dont le premier fut écrit 3000 ans a\'ant notre ère : toutes les connaissances humaines ont là leur germe. leur essence, leur développement potentiel, et leur fin encore cachée : c'est au savant, au clairvoyant, à distinguer dans l'abstrus des symboles, la vérité éclatante. C'est ce qu'ont tenté. les uns après les autres, les grands esprits qui illuminent la civilisation chinoise d"une lueur aussi révérée, que le Christ, la civilisation aryenne en décadence : Fohi, Laotseu, Kongtzeu (Confucius) Tsouhi, etc ... - Si illustres, si sùrs d'eux-mêmes que fussent ces penseurs, ils n'eussent osé rien ajouter aux traditions : et aujourd'hui, les peuples jaunes se croiraient sacrilèges de changer si peu que ce soit aux doctrines transmises. Donc, là plus que partout ailleurs, les intellectuels dirigent le peuple, et on peut voir l'âme de la race, comme en un Îldèle miroir. dans les livres de ses philosophes et de ses lettrés, Or, dans la suite bien curieuse - mais longue et touffue, - des livres, qui depuis le lointain et métaphysique Yiking, jusqu'aux dissertations pratiques de la Siaohio, constituent tout l'ètre intell~ctuel de la Chine, il n'existe nulle part, même à l'état d'embryon mal venu, l'idée d\111eassociation d'hommes sous un nom générique national, pour l'ex ploitation des hommes voisins. Aucune des philosophies chinoises n'a pu admettre un instant la possibilite d'une conception semblable; et comme les sciences politiques et économiques sont toujours des applications pratiques des théories transcendentales des sages. il n'y a pas un législateur qui ait inscrit, en tète ou en queue de ses codes - ou plutèt de ses coutumes et de ses rites - l'idée d'une patrie, d'un sol auquel on soit lié par quelque attachement, et à qui, par suite, l'on doive rendre quelques devoirs. Les plus célèbres de ces législateurs pacifiques furent: Kongtzeu. lequel s'attacha surtout aux coutumes politiques. et Tsouhi, qui régla les rites domestiques et de familles. Hors ces deux illustres, il n'y a

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