L'IDÉE DE PATRIE EN AS-JE-ORIENTALE veau des foules, renforcie de tout le sang qu'on avait versé pour elle. Depuis lors, cette théorie est devenue, pour la grande majorité, un dogme : elle flatte les passions les plus matérielles de l'homme; par suite, ceux qui la proclament y trouvent des triomphes faciles : elle semble plus commode à satisfaire que les aspirations de Justice, d"égalité et d'indépendance, qu'elle fait taire momentanément : par suite, on J'exploite avec fruit pour mener les peuples contre les intérêts mêmes .des peuples; ses conséquences sont l'excuse, la justification, la glorification même d"uvol et de l'assassinat, pourvu qu'ils soient collectifs et qu'ils paraissent individuellement désintéressés: c'est donc la satisfaction de penchants malhonnètes, et leur mise en rapport au profit du petit nombre. li est donc curieux d'examiner quelle est, chez les nations d'une civilisation incontestable - mais différente de la notre - la valeur du principe spécieux, dont je viens d'esquisser chez nous le développement anormal. L'étude - déjà faite souvent - du panslavisme et du pangermanisme n'apporte de preuves, 111 à l'appui, ni à la réfutation de la thèse en question. Car le panslavisme et le pangermanisme remontent inconsciemment du plan national au plan humain, et sont, à l'encontre des patriotismes particularistes, des aspirations de races à une réunion n9mologique ( 1). Les ten0ances en· ce sens sont donc des tendances contraires à l'idée de patrie. Réunir sur un sol de mème nom, régir des mêmes lois les hommes de même langue et de même atavisme, condui.t à l'absorption de la patrie par la race, c'est-à-dire mènerait lentement et confusément l<'.militaire Europe à la haute conception ethnologique des législateurs asiatiques, qu'il m'a été donné de connaitre, de comprendre et d'admirer. Un spiritualisme assez confus adoucit toutes les régulations extrême-orientales : le bouddhisme du pèlerin Sakya à mitigé l'austère brah- (t) En effet, la patrie n'est que la particularisation dïntérèts semblables : plus le particularisme devient étroit, mieux la patrit! est constituée, plus aussi les intérèts sont bas, et l'idée qui en découle, . tyranique et inacceptable. Le patriotisme peut être fait, comme en Allemagne actuelle, dïntérèts communs dans lïnvasion et l'absorption du voisin, ou comme celui de l'ancienne Espa"ne impériale, des intérèts d'ambitions démesurées, ou com1iie celui de la France, d~ intérèts de l'cnglobement du tout au profit de la partie. Le panslavisme et le pangermanisme sont déclarés, par ceux qui les agitent comme drapeau, patriotisme de grande envergure et de haute volée, et les classes n·y adhèrent que parce qu'elles y voient seulement un agrandissement des nationalités, aujourd'hui existantes, allemande et russe. Mais en vérité. tous ceux qui s'attachent à cette idée obéissent inconsciemment à un principe qui leur est abstrus, à une synthèse des peuples, dont la patrie n'e~t que l'analyse destructive. La réunion, en un seul tout, de la famille slave, a pour « initium >> la destruction de toutes les patries à la formation desquelles concourt aujourd'hui la famille slave. De mème pour la réunion de la famille germaine.
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